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top news photography Genève voit disparaître ses mammifères

De la plus petite des souris au plus grand des cerfs, le bassin genevois regorge de mammifères sauvages. Les fidèles lecteurs de l’Echo en connaissent une partie via la page Faune de chez nous qu’a écrite Jacques Gilliéron durant de nombreuses années. Le naturaliste sort cette année l’Atlas des mammifères terrestres du bassin genevois en collaboration avec Jacques Morel. Un inventaire exhaustif et détaillé des espèces sauvages qui offre un arrêt sur image de nos connaissances actuelles. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 28 Février 2013 00:00

 

 

Sport

Des Suisses lâchent le foot pour le rugby

Un nouveau club en Valais, une équipe nationale qui monte et un Nyon rugby club plus en forme que jamais: en Suisse, ce sport gagne de plus en plus de terrain. Même s’il reste encore largement méconnu du public.

2013-09-10AIl a un accent du sud-ouest à couper au couteau. Il s’appelle Cyril Lin. Et il est... capitaine de l’équipe suisse de rugby! Le rugby: un univers bien étrange pour les adeptes de sports plus populaires comme le football, le hockey ou le tennis – c’est-à-dire pas mal de monde en Suisse.

Le 4 novembre dernier, l’accent toulousain du rugbyman qui avait mené les Helvètes à la victoire contre les Croates (29-20) en Coupe des nations avait surpris plus d’un spectateur de «Sport dimanche». Les informations révélées au cours l’émission de la RTS avaient de quoi étonner: l’équipe nationale était en grande partie composée de binationaux vivant en France (ce qui expliquait les difficultés au moment de chanter l’hymne national), seuls 7 joueurs sur les 23 sélectionnés évoluaient en Suisse et, détail important, trois edelweiss sur fond rouge accompagnées du sigle «FSR» (Fédération suisse de rugby) formaient l’emblème de l’équipe nationale. Une partie des Romands venaient de découvrir qu’ils avaient une équipe nationale. Et qu’en Suisse, on jouait aussi au rugby.

Du tacle au plaquage

«Je n’étais pas un très bon footballeur. Un de mes cousins connaissait un ami qui jouait dans un club de rugby. Je l’ai appelé, j’ai essayé et j’ai adoré. Une année plus tard, j’étais sélectionné pour un tournoi à Potsdam (Allemagne) avec l’équipe nationale des moins de 16 ans.» Etudiant en 3e année d’école de commerce, les épaules carrées, 1 mètre 84, le Valaisan Patrick Carbone (17 ans) fait partie de ces originaux qui préfèrent le plaquage au tacle, le ruck au dribbling et le jeu à la main au jeu au pied. Et en Valais, mieux vaut s’accrocher si l’on aime le rugby.
«Entre Sion, Sierre et Martigny, il n’y en a que pour le foot et le hockey. Ceux qui habitent Genève ou Lausanne ont de la chance, ils ont de bonnes infrastructures et de nombreux clubs de rugby. Dans notre canton, Monthey (Ligue B) est bien connu, mais quand on est jeune et qu’on habite Chippis (Sierre), c’est plutôt compliqué de faire les déplacements.»

Sport de brutes?

«Quand je suis passé du foot au rugby, à 14 ans, ma mère s’est fait pas mal de soucis. J’allais m’entraîner avec des adultes qui avaient jusqu’à 35 ans. Elle voyait le rugby comme un sport de brutes, alors que c’est un jeu basé sur la stratégie, les leurres, la vitesse et le respect. Malgré les apparences, le rugby est au moins aussi tactique que le football. Seul un travail d’équipe permet aux joueurs de déplacer le ballon vers la ligne de but adverse.» Qu’est-ce qui pousse Patrick à se traîner dans la boue et, quelquefois, à prendre une dérouillée? «Difficile à expliquer. Ce qui est fascinant, c’est que même si les chocs entre joueurs sont parfois très durs, ils se produisent dans le cadre de règles strictes, toujours avec un grand respect pour l’adversaire»; une philosophie que l’on retrouve dans certains sports de combat.
Les deux frères (17 et 22 ans) de Patrick font l’effort de s’intéresser à sa passion. Ils vont le voir jouer. Quand l’occasion s’en présente, car eux aussi ont des matchs et des entraînements, mais sur le terrain de football. «Je regarde certaines rencontres à la télévision en leur compagnie, comme en ce moment le Tournoi des six nations (Angleterre, Ecosse, France, Irlande, Italie, Pays de Galles, ndlr) qui se termine mi-mars. Ils se prennent au jeu quand je leur explique les règles.»

Chabalmania

«Et certains phénomènes comme Sébastien Chabal aident à médiatiser le rugby même si ce sport ne se résume de loin pas à cela.» International français jusqu’en 2011, celui qui était surnommé l’Anesthésiste ou Attila avait, on s’en souvient, déclenché une «chabalmania» avec son image d’homme des cavernes musculeux et poilu. Signant de juteux contrats publicitaires, il était devenu en 2007 le joueur de rugby le mieux payé au monde.
Heureusement, les Valaisans qui partagent la même passion que Patrick peuvent compter sur le rugby Valais central (aussi appelé ARYA), à Chamoson. Pourquoi s’être installé à l’écart? «A Sion ou ailleurs en plaine, les équipes de football manquent déjà de terrains. Et il faut des infrastructures spéciales pour le rugby. Ici, à Chamoson, nous avons la chance d’avoir un stade pour nous», explique Marc Swan, qui a relevé le pari il y a quatre ans de monter une équipe. Comme dans la plupart des cas en Suisse, c’est à un passionné du ballon ovale ne comptant pas ses heures que les adeptes du rugby doivent de pratiquer leur sport. Président du club, Marc Swann est également... joueur et entraîneur. «Ce n’est pas facile. Nous sommes parvenus à nous hisser en Ligue C, mais le manque récurrent de joueurs pose problème, tout comme le coût élevé des déplacements à Bâle ou Saint-Gall», ajoute-il. Il précise que le rugby se joue à 15 contre 15 (c’est pour cela que l’on parle du «XV de France») et non pas à 11 contre 11, comme au football: «Avec les remplaçants, ça fait tout de suite pas mal de monde à véhiculer!».

2013-09-11ANyon à la pointe

Malgré les difficultés, les amoureux du rugby persévèrent. Et récoltent les fruits de leurs efforts. Du Valais à Nyon, on s’accorde pour dire que les coupes du monde en France (2007) et en Nouvelle-Zélande (2011) ont donné un fantastique coup de projecteurs sur ce sport. «Beaucoup de gamins sont venus à nous depuis 2007 et on a atteint une masse critique. En quatre ans, le niveau a passablement augmenté, surtout chez les jeunes», explique Darren Hart, coach Jeunesse et Sport et entraîneur des moins de 16 ans du Nyon rugby club (Nyon RC). A 43 ans, il n’est pas fâché de voir enfin arriver la relève.
Binational installé à Nyon depuis une vingtaine d’années, il a lui aussi longtemps cumulé les casquettes de vice-président, d’entraîneur et de joueur. Durant son enfance, passée dans un quartier nord de Londres, il a goûté aux joies du soccer, du cricket et du tennis. Mais pas à celles du rugby, peu populaire dans cette partie de l’Angleterre à cette époque. Depuis, les choses ont évolué et il arrive aujourd’hui aux «Saracens» du nord de Londres de jouer devant un public de 80’000 spectateurs.

Gallois, Anglais et Français

En Suisse, dans l’arc lémanique en particulier, le rugby a également gagné du terrain depuis la création du Nyon RC en 1972 – soit une année après la fondation de la Fédération suisse de rugby. «Les jeunes que l’on a commencé à former en 2007 et qui sont nés entre 1988 et 1991 intègrent aujourd’hui nos trois équipes seniors en Ligue A et B et en Ligue 1 ouest. Nous avons aussi des moins de 16 et 18 ans, une ligue féminine, une école de rugby et une équipe de vétérans. C’est magnifique de voir cet engouement. Seul le RC Zurich compte autant de formations différentes», se félicite Darren Hart, passé au rugby à 23 ans après avoir lui aussi raccroché ses crampons de footballeur.
«La région de Lausanne et Genève a toujours attiré une foule d’expatriés. Ce sont eux, les Gallois, les Irlandais, les Anglais, les Italiens et bien sûr les Français, qui ont fait revivre le rugby en Suisse», explique le docteur «ès ovalie» Gilbert Monbaron (69 ans), que des Anglais de Nyon ont initié au rugby sur un terrain vague alors qu’il était adolescent. Selon cet ancien joueur et fondateur du Nyon RC, «il fallait presque se cacher pour parler de rugby au début des années 1970». Un comble alors que, selon Gilbert Monbaron, c’est à un Britannique adepte de rugby que le Servette Football Club doit sa création en 1880 – la section rugby disparaissant en 1900. Un phénomène que l’on retrouve en Suisse alémanique avec le club de football de Grasshopper, qui semble devoir son existence à des rugbymen de la Limmat. A en croire l’ancien pilier de Nyon, le rugby était aussi populaire que le football à la fin du 19e siècle. La sphère n’aurait éclipsé complètement l’ovalie qu’après la Deuxième Guerre mondiale.

Cédric Reichenbach

«Au rugby, il n’y a pas de Zlatan»

Il suffit que le footballeur surdoué Zlatan Ibrahimovic débarque à Paris pour que le Paris Saint-Germain soit propulsé en tête du classement. «En rugby, c’est impossible», explique Gilbert Monbaron, fondateur du Nyon rugby club (1972). Pour ce fin connaisseur du monde de l’ovalie, un rugbyman, aussi talentueux soit-il, n’est rien sans ses coéquipiers. «L’incroyable Wilkinson (star mondiale anglaise de rugby, ndlr) est resté humble après son transfert à Toulon. Il a dû s’adapter et faire le banc. Vous imaginez Zlatan sur le banc des remplaçants?»
Discipline, contrôle de soi, fair-play: sport populaire à part, le rugby incarne un état d’esprit unique. Selon Gilbert Monbaron, pas de cinéma ni de tricheurs dans ce sport – même si certains ont du métier.
«La première chose que l’on apprend, c’est le respect de l’adversaire. Et de l’arbitre! Si un joueur conteste une faute qui a été sifflée, l’arbitre rapproche de 10 mètres le ballon de la ligne de but. Il insiste? C’est tout de suite 10 mètres de plus. Et si ça ne suffit pas, les points sont directement accordés à l’équipe adverse», ajoute le spécialiste.
«En football, il peut y avoir 22 cartons jaunes sans que rien ne se passe. Au rugby, vous en recevez un et vous sortez dix minutes», renchérit Luc Nardin, connu dans le milieu pour tenir toutes les statistiques possibles et imaginables sur le rugby en Suisse. «Si un footballeur sur le point de marquer est stoppé irrégulièrement, l’arbitre siffle un pénalty, recule la balle à onze mètres et permet encore au gardien d’arrêter le tir! Au rugby, le point est directement accordé.» Conclusion de Luc Nardin: le football favorise l’antijeu, le rugby fait exactement le contraire. De quoi inspirer Sepp Blatter et les dirigeants du football mondial? On peut toujours rêver!

CR

 

Mise à jour le Jeudi, 28 Février 2013 10:15
 

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