ecovoiturage-upper

news menu left
top news photography La chute du mur de Berlin a volé l'histoire des Allemands de l'Est

Un buste géant de Lénine flottant dans les airs, bras levé comme pour adresser un ultime salut aux Berlinois... Qui a vu Good bye, Lenin!, le film de Wolfgang Becker sorti en 2003, se souvient de la scène burlesque où la statue déboulonnée du dictateur bolchévique se promène en hélicoptère. Le 9 novembre 1989 tombait le mur qui séparait les deux Allemagnes. Exit le parti unique et la Stasi; mais à force de voir détruit tout ce qui faisait leur quotidien, les Allemands de l’Est ont l’impression de ne jamais avoir existé. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 20 Juin 2013 00:00
 

Exposition

Tintin à Fribourg

Il était allé partout, mais pas à Fribourg. C’est chose faite avec l’exposition des pastiches et parodies de l’œuvre d’Hergé. De quoi vérifier la formidable présence de Tintin dans l’imaginaire des Romands.

2013-25-24A«Mon père n’a jamais lu un Tintin jusqu’au bout», se souvient Jean Rime, assistant en littérature à l’Université de Fribourg. Ce père peu bédéphile fut pourtant à l’origine de sa vocation de tintinologue: «Des dessins animés de Tintin passaient à la télévision. Il y avait des pirates, un trésor, ça me plaisait. Mon père m’a expliqué que ces histoires avaient été publiées en albums, ce que j’ignorais. Je suis allé à la bibliothèque de Charmey, où nous habitions, et j’ai emprunté Le Secret de la Licorne. C’est là que tout a commencé».

Jean Rime signe plusieurs contributions dans Tintin à Fribourg, dits et interdits, le catalogue d’une exposition qui se tient à la Bibliothèque cantonale de Fribourg (BCU) jusqu’au 26 octobre. Ce catalogue format BD paraît sous une superbe couverture «à la manière d’Hergé» signée par le dessinateur genevois Exem, un des excellents pasticheurs du dessinateur belge. L’affiche annonçant l’exposition devant la BCU a été volée la nuit même où elle a été posée: c’est dire l’impact de Tintin, des décennies après la fin de ses aventures!

Les bisous de la Castafiore

Rime lui-même n’intervient pas dans l’exposition montée par autre Fribourgeois, Alain-Jacques Tornare. Depuis un quart de siècle, ce docteur en droit de la Sorbonne collectionne les Tintin alternatifs: pastiches, parodies et faux Tintin, dont une version achevée de Tintin et l’Alphart, le volume sur lequel travaillait Hergé quand il est mort, en 1983. A eux seul, les titres de ces BD éveillent de vieux souvenirs: Objectif Tune, Les Bizous de la Castafiore, Tintoin chez les Ricains, Monsieur T. en Namérik ou encore L’Affaire tourne au sale. Jusqu’à des versions polissonnes ou franchement érotiques qui en disent plus sur les fantasmes de leurs auteurs que sur leurs talents de dessinateurs. «En général, les parodies n’atteignent pas le niveau du maître, dont la ligne claire est beaucoup plus difficile à imiter qu’on le croit habituellement», commente Alain-Jacques Tornare. A l’entendre, même le récent film de Steven Spielberg ne transmet pas la magie des cases dessinées.

Le jeep de KadHafi

Plus efficace apparaît le coup de crayon des caricaturistes: la jeep des
Dupondt dans Tintin au pays de l’or noir s’adapte à merveille aux mésaventures de la Suisse avec le colonel Kadhafi dans les sables du désert libyen. Et les colères du capitaine Haddock ou les trémolos de la Castafiore se prêtent à de nombreux détournements au gré de la politique suisse.
Mais ces emprunts fonctionnent parce que le public romand a été particulièrement bien «tintinisé», pour reprendre une expression utilisée par Jean Rime. Il évoque le rôle joué depuis 1932 par L’Echo illustré, ancêtre de l’Echo Magazine: Tintin y devient un reporter de l’Echo qui enseigne aux enfants du Congo l’histoire de leur patrie, la Suisse... L’Echo a d’ailleurs droit à une vitrine dans l’exposition fribourgeoise.

L’Afére Tournesol

Après la guerre, la pénétration de Tintin en Suisse devient massive avec la diffusion des albums et des parutions dans plusieurs revues de l’autre côté de la Sarine. Le fait que L’Affaire Tournesol, album paru en1956, se déroule en partie à Genève et sur la côte lémanique accentue l’appropriation de l’univers hergéen par le lecteur suisse, de même que la proximité des paysages du Tibet avec les montagnes du Valais. Plusieurs générations ont grandi avec les aventures du courageux petit reporter et elles alimentent «le vaste et nébuleux sous-continent de la fan culture tintinophile», comme le dit Jean Rime dans une belle formule.
Cette imprégnation de l’imaginaire explique la profusion de parodies et la «jubilation citationnelle» des dessinateurs et caricaturistes de Suisse romande. Elle explique aussi le succès des adaptations dialectales de 2007, L’Afére Tournesol en patois gruérien et L’Afére Pecard en franco-provençal (où Tournesol prend le nom de son modèle, le savant suisse Auguste Picard). Dans cette version approuvée par l’éditeur, le capitaine Haddock boit du Fendent (sic); dans l’autre, la baraque à frites placée devant Moulinsart devient un stand de crème de Gruyère. Tintin ne parle pas seulement aux Romands, il est Romand.

La fille du professeur2013-25-25A

Il a va de même pour la postérité du professeur Cantonneau, un des savants partis à la recherche de l’étoile mystérieuse: professeur à l’Université de Fribourg, d’après Hergé, il est cité à nouveau dans Les Sept Boules de cristal. Ce personnage très secondaire occupe une place en vue dans l’exposition, car les tintinologues locaux lui ont donné vie avec une ténacité remarquable: invention d’une biographie, inscription de ses œuvres au catalogue de la bibliothèque, rue baptisée à son nom et même apparition de sa fille, Astrid Cantonneau, lors du vernissage! Bel exemple d’un personnage qui poursuit sa vie indépendamment de son créateur, à l’exemple de Farinet en Valais. Personne n’est dupe, mais ces procédés renforcent la cohérence du monde de Tintin en lui donnant un soubassement plus large que l’œuvre de fiction.
Au final, une double dynamique est à l’œuvre dans ces Tintin multiformes: l’attachement au terroir, qui valorise les références à la réalité locale, et la nostalgie de l’enfance, ce temps magique où l’enfant que nous étions pouvait ouvrir un album en oubliant tout le reste. «Tintin, c’est nous», conclut Jean Rime.

Patrice Favre

2013-25-25CAlain-Jacques Tornare et Jean Rime, Tintin à Fribourg, dits et interdits, Editions BCU (vente sur place au prix de 30 francs), 64 pages.
Exposition ouverte du lundi au vendredi de 8h à 22h, samedi de 8h à 16h. Visites guidées le 20 juin et le 4 juillet à 18h30, conférence de Jean Rime le 25 juin à 18h30.

 

 unpluspourtous

Cette semaine

2019-45-sommaire 

 

archives-2019

 




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch