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Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 28 Novembre 2013 00:00
 

Le dessin au féminin

«La BD ne se résume pas à Tintin et Astérix»

 

A 30 ans seulement, la Genevoise Margaux Kindhauser, alias Mara, a publié trois albums aux Editions Akileos. Le succès de sa série Clues ne lui permet malheureusement pas de vivre uniquement de la BD. Pour l’instant.

2013-48-26AiElle ne décroche guère le nez de sa table à dessin. Dans son appartement d’Epalinges, sur les hauts de Lausanne, entourée de romans, de cahiers couverts de croquis et de pinceaux, Margaux Kindhauser prépare le quatrième et dernier album de Clues («indices» en anglais), un polar à la sauce victorienne. Albus, l’envahissant mais sympathique oiseau de compagnie de Mara, s’invite à l’entretien. Entre deux coups d’aile inattendus le long des étagères garnies de BD du salon et quelques éclats de rire, la dessinatrice indépendante au regard vif et au verbe facile évoque la beauté de son métier. Et ses difficultés.

Clues s’est vendue à des milliers d’exemplaires. Un succès qui ne vous permet pourtant pas de vivre de votre art. Pourquoi?

– J’aimerais réaliser uniquement des BD. Mais c’est très difficile en vivant en Suisse. Le premier tome de Clues, actuellement épuisé, a déjà été imprimé trois fois – une quatrième édition est prévue. Même si les ventes sont bonnes pour une première série, elles ne paient pas les factures. Je vis avant tout de commandes. On fait appel à moi pour illustrer la couverture de certains ouvrages. Je viens de terminer celle d’un roman de fantasy américain. La bibliothèque rose m’a confié un mandat pour la dernière réédition simplifiée des Quatre filles du docteur March. Il arrive que des particuliers me commandent une pin-up victorienne. Dans les festivals, on m’achète parfois aussi des planches et des croquis. Reste que, même si je ne roule pas sur l’or, je suis déjà très satisfaite de pouvoir vivre de mes dessins.

D’où vient cette passion du dessin?

2013-48-27A– A l’école, j’étais «celle qui dessinait très bien». J’ai toujours aimé gribouiller. Même si je ne pensais pas à construire une histoire suivie, je passais des heures à imiter des chefs-d’œuvre de Walt Disney, ma plus grande source d’inspiration quand j’étais enfant. J’ai vécu la sortie du Bossu de Notre-Dame comme une véritable claque graphique: visuellement, c’est époustouflant!

Quand avez-vous eu la certitude que vous deviendriez auteure de BD?

– A 18 ans, le jour où j’ai connu Valentine Pasche, alias Valp (auteure autodidacte des série Lock et Ashrel et éditée actuellement chez Delcourt, ndlr). C’était une cliente habituelle d’ «Au paradoxe perdu», un magasin de BD de Genève où je travaillais l’été. Nous sommes vite devenues amies. En voyant son travail, j’ai compris que la BD ne se résumait pas à Astérix, Lucky Luke ou Tintin et qu’on pouvait raconter ce qu’on voulait.

Jeune femme autodidacte de Suisse romande, comment êtes-vous parvenue à décrocher un contrat chez Akileos, «petite» maison d’édition française en pleine ascension?

2013-48-27B– Le tournant a eu lieu à Angoulême. J’avais 21 ans et cela faisait deux ans que j’écumais les festivals de BD, mon portfolio sous le bras. Au stand d’Akileos, le courant a tout de suite passé. Je manquais d’expérience, mais ils ont vu quelque chose dans mon dessin. Tous les quatre mois, je leur envoyais mes planches de Genève. Durant deux ans, ils m’ont expliqué ce que je devais améliorer. Et m’ont encouragée.

Et tout cela sans anicroche?

– A l’époque, je partageais mon temps entre le magasin de tabac où je travaillais 16 heures par semaine, l’uni (Lettres) et ma table de dessin. Mes parents ont flippé en voyant que je voulais vraiment devenir auteure de BD! Ils se sont détendus quand j’ai signé mon premier contrat, à 23 ans.

Dessin, scénario et couleurs, vous travaillez seule en maintenant le rythme d’une publication tous les 18 mois. Comment vous y prenez-vous?

2013-48-27C– Je n’hésite pas à bosser le week-end. Je reçois aussi des coups de main. Mon meilleur ami officie dans une maison de production de cinéma à Lausanne et m’aide pour le scénario. Je travaille généralement l’après-midi, le soir et surtout la nuit. J’écris le scénario, calculant combien de planches (ou de pages) il me faudra pour chaque scène. Vient ensuite la partie la plus exaltante: le dessin scène par scène. En multipliant les croquis, j’arrive à trouver le ton juste. Pour la couleur, je mélange les techniques traditionnelle, avec l’aquarelle, et moderne, avec une tablette graphique sur mon ordinateur.

A part Valp et vous-même, d’autres femmes ont-elles réussi à faire leur nid dans le monde plutôt masculin de la BD européenne?

– J’en connais peu. Pendant longtemps, la BD s’adressait aux petits garçons. Tout cela a beaucoup changé même si la plupart des auteurs restent des hommes. Mais je ne me suis jamais sentie mise à l’écart. Ce qui importe, c’est la qualité du travail fourni. Homme ou femme, éditeurs et lecteurs ne font pas la différence.

Propos recueillis par Cédric Reichenbach

La Londres victorienne

Née à Bâle, fille unique d’une maman travaillant pour l’Organisation mondiale de la santé et d’un papa responsable du marketing à Palexpo, Margaux Kindhauser (30 ans) a grandi à Genève et travaille depuis cinq ans dans son appartement d’Epalinges (VD). Admiratrice de Conan Doyle, elle dévore à 13 ans toute les aventures de Sherlock Holmes. Jack l’éventreur et la Londres de la fin du 19e siècle la passionnent. Le cinéma également, en particulier le film My fair Lady (1964) de George Cukor. Ces sources d’inspiration combinées débouchent sur une série de quatre albums dont le dernier est en préparation. Le personnage principal de Clues, une jeune femme intrépide décidée à élucider l’assassinat de sa mère, ressemble à sa créatrice. «Féministe dans les actes, pas dans les discours», Emily intègre Scotland Yard et fait ses preuves sous les ordres du célèbre et ténébreux inspecteur Hawkins, «un héros byronien solitaire au passé tourmenté». Après Clues, Margaux Kindhauser rêve de se lancer dans un conte gothique sombre et introspectif. «Ou peut-être un western fantastique... Pour le moment, je pense plutôt à boucler ma série.» Un indice sur le dénouement de l’histoire? «Vous verrez. Tout ce que je peux vous dire c’est que ce dernier opus sera plus sombre que les autres.» On frissonne déjà. D’effroi... et de plaisir!

 

 

 

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