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Articles 2014 - A la Une
Jeudi, 27 Février 2014 00:00

 

 

Education

Le bilinguisme, bon pour les tout-petits

 

L’immersion précoce dans une autre langue améliore les performances du cerveau: nos parents n’y croyaient pas, les scientifiques l’ont désormais prouvé. Et cela même pour les cancres.

2014-09-13A

Des crèches en russe et français, des classes bilingues anglais-français, sans oublier le suisse allemand: le modèle est connu à Genève, ville internationale; il se retrouve aussi à Fribourg ou Bienne, villes plus ou moins bilingues. Il reste pourtant assez peu répandu alors que c’est un atout majeur. Si les chercheurs croyaient, dans les années 1960, que le mélange des langues handicapait le cerveau des tout-petits, des études récentes prouvent le contraire. Mais de nombreuses questions n’ont pas encore été élucidées.

La conception dominante jusqu’au début des années 1960 affirmait que le quotient intellectuel (QI) des bilingues était significativement inférieur à celui des monolingues. Cependant, en examinant ces études de près, on s’est aperçu qu’elles n’étaient pas vraiment fiables, en particulier parce qu’elles comparaient des individus provenant de milieux socioculturels différents: les bilingues, généralement issus de l’immigration et de familles pauvres, étaient défavorisés par leur origine.

Le retournement de 1962

La donne changea en 1962, année où les chercheurs canadiens Elisabeth Peal et Wallace Lambert renversèrent la vapeur en soulignant les erreurs méthodologiques des études antérieures et en apportant des données convaincantes selon lesquelles les bilingues n’étaient pas inférieurs aux monolingues. A partir des années 1980-90, une autre chercheuse canadienne, Ellen Bialystok, de la York University de Toronto, montra même que les enfants bilingues bénéficiaient, en moyenne, de meilleures capacités que les autres. «Par la suite, de nouvelles études d’Ellen Bialystok ont fait apparaître que cet avantage s’étendait aux adultes, y compris aux personnes âgées. Mieux encore: le bilinguisme retarderait l’entrée dans la maladie d’Alzheimer», indique le professeur Martine Poncelet, de l’unité de neuropsychologie du langage et des apprentissages de l’Université de Liège.

La formule gagnante

Dans les années 1960, les Canadiens anglophones perçurent la nécessité, pour leurs enfants, d’être de parfaits bilingues. Wallace Lambert lança alors la première expérience d’immersion bilingue scolaire précoce. Depuis, la formule a fait florès dans différents pays. Elle est simple: l’enseignement se donne pour partie dans la langue maternelle (25 ou 50% du temps selon les établissements scolaires) et pour partie dans la langue seconde (75 ou 50% du temps). Théoriquement, l’immersion débute en 3e maternelle.

«L’objectif de base est que, en sortant de 6e primaire, les élèves concernés aient atteint le même niveau de compétence dans toutes les matières que leurs camarades monolingues tout en ayant acquis une connaissance approfondie dans une langue autre que leur langue maternelle», dit Martine Poncelet.

L’unité de neuropsychologie du langage et des apprentissages de Liège mène depuis un certain nombre d’années des recherches sur l’immersion bilingue scolaire précoce. Jusqu’à présent, ses travaux ont porté sur des élèves francophones immergés en anglais. La principale conclusion des premières recherches liégeoises publiées en 2009 est qu’en 6e primaire, il n’y aurait aucune différence de niveau dans l’apprentissage du français, pour la lecture ou l’orthographe, entre enfants placés en immersion bilingue et enfants monolingues. Mais les bilingues savent évidemment mieux l’anglais, ce qui est un acquis majeur.

Les bonnes cartes

A travers une étude très récente réalisée chez des enfants de 3e maternelle juste avant leur entrée en immersion, les mêmes chercheurs ont soulevé une autre question clé: tous les enfants sont-ils aptes à tirer profit de l’immersion linguistique? «Notre but n’était pas de faire de la discrimination mais, au contraire, de mettre en évidence certaines caractéristiques qui ne faciliteraient pas l’immersion afin d’aider les enfants éventuellement moins doués à pouvoir y accéder malgré tout», précise Martine Poncelet. Elle a constaté que le point décisif n’était pas le QI, mais d’autres aspects du fonctionnement cognitif. Par exemple, la capacité de bien distinguer les sons et celle de répéter des mots qui n’existent pas dans sa langue. Et aussi la flexibilité mentale (pouvoir porter aisément son attention d’une cible à une autre) et l’attention sélective, celle que nous utilisons par exemple quand nous restons concentrés sur une conversation alors que d’autres conversations se déroulent à proximité. «Si ces éléments sont réunis, l’enfant a toutes les chances de bien acquérir la seconde langue, commente Martine Poncelet. Mais cela ne veut pas dire qu’il va nécessairement réussir ses études.»

Aussi pour les dyslexiques

D’où cette question qui brûle les lèvres: ne doit-on pas redouter que l’immersion accroisse les difficultés des enfants dont les capacités d’apprentissage sont limitées? Selon Martine Poncelet, les expériences sur le terrain et les travaux scientifiques indiquent qu'il n'en est rien. Des auteurs canadiens de l’Université de l’Alberta ont mis en évidence chez des enfants dysphasiques – qui présentent un trouble spécifique d’acquisition du langage oral – le fait que le bilinguisme ne les pénalisait ni dans l’apprentissage de leur langue maternelle ni dans celui d’une seconde langue. De même, le fait pour un enfant dyslexique d’apprendre précocement une seconde langue n’aurait pas pour effet d’accentuer sa dyslexie.

Un avantage momentané?

Mais peut-on aller plus loin? L’avantage cognitif mis en lumière par Ellen Bialystok se vérifie-t-il dès l’apprentissage d’une seconde langue en situation d’immersion scolaire précoce? Martine Poncelet et sa collègue Anne-Catherine Nicolay ont montré que oui en se penchant sur les cas d’enfants qui ont bénéficié de 3 ans d’immersion bilingue. Soit des enfants de 9 ans dont le niveau de vocabulaire en anglais correspondait à celui d’un jeune anglophone de 5 ans.

Lors des tests, ces enfants de 3e primaire avaient un taux d’erreurs similaire à celui de leurs camarades monolingues, mais ils étaient plus rapides dans l’exécution des exercices prescrits. «Cela signifie qu’ils contrôlaient mieux la situation sur le plan cognitif, ce qui se traduisait par un temps de réponse plus court», explique Martine Poncelet.

Petit bémol: contrairement à ce que laissaient entendre les études d’Ellen Bialystok, l’avantage des bilingues semble se perdre au fil du temps. Les psychologues belges l’ont constaté chez des enfants de 6e primaire et chez des adultes qui, écoliers, avaient été placés en immersion linguistique précoce à partir de 1989. Les performances de ces deux échantillons ne se distinguaient en rien de celles de populations monolingues du même âge. L’avantage conféré par le bilinguisme est-il donc momentané? Si oui, pourquoi? Ces questions restent ouvertes.

Philippe Lambert

Mise à jour le Jeudi, 27 Février 2014 16:07
 

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