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top news photography Genève voit disparaître ses mammifères

De la plus petite des souris au plus grand des cerfs, le bassin genevois regorge de mammifères sauvages. Les fidèles lecteurs de l’Echo en connaissent une partie via la page Faune de chez nous qu’a écrite Jacques Gilliéron durant de nombreuses années. Le naturaliste sort cette année l’Atlas des mammifères terrestres du bassin genevois en collaboration avec Jacques Morel. Un inventaire exhaustif et détaillé des espèces sauvages qui offre un arrêt sur image de nos connaissances actuelles. Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Jeudi, 20 Mars 2014 00:00

 

 

 

Société et technologies

Le nouvel Adam naîtra de la fusion avec les machines

Les transhumanistes annoncent l’émergence d’une nouvelle forme d’humanité réservée à une élite. Certains promettent même l’immortalité. On pourrait en rire si Google et les militaires n’étaient pas de la partie.

2014-12-11A«Nous serons comme des dieux. Les gens ne veulent pas l’entendre, mais nous serons omniscients. Capables de tout savoir en connectant nos cerveaux directement à Google. Capables de pouvoir connaître les pensées de quelqu’un se trouvant au Japon ou à Hawaï.» L’auteur de ces phrases n’est pas interné dans une clinique psychiatrique. Il n’incarne pas un énième Dr Frankenstein dans un film de science-fiction. Non, Peter Diamandis existe bel et bien. Il dirige même un prestigieux centre d’étude en Californie, au cœur de la Silicon Valley. Accueillant chaque année des centaines d’étudiants venus du monde entier, l’Université de la Singularité se dresse sur une base de la NASA, juste en face du siège de Google. Singulière université que les géants de la conquête spatiale et des nouvelles technologies financent depuis sa fondation en 2008.

Vous avez dit «Singularité»?

«La Singularité, indique un journaliste du New York Times ayant visité l’université du même nom en 2010, correspond au moment où êtres humains et machines fusionneront de manière si naturelle et si élégante que la maladie, les ravages du vieillissement, voire la mort elle-même, appartiendront à un passé révolu.» Selon le degré d’optimisme des défenseurs du transhumanisme – un courant de pensée né dans la Silicon Valley à la fin des années 1980 –, le moment tant attendu devrait arriver d’ici vingt à trente ans. Surgira alors une intelligence supérieure dont la forme est impossible à prévoir en raison des limites de nos capacités actuelles – d’où le terme «singularité», qui se réfère en physique à un point incalculable en raison de variables prenant des valeurs infinies.

Pour les adeptes du transhumanisme, cette nouvelle espèce, cet humain augmenté ou post humain existe déjà en partie. Les lentilles de contact qui mesurent la glycémie dans les larmes des diabétiques, la main artificielle qui permet de recouvrer le sens du toucher ou le «simple» peacemaker en seraient les prémices.

Dans cet univers technico-mystique, le Web nourrit les spéculations les plus outrancières. «Google peut-il vaincre la mort?», lisait-on sur la couverture de Time Magazine en septembre dernier: si songer sérieusement à l’immortalité peut choquer, l’idée semble nettement moins farfelue depuis qu’elle est portée par Google, le premier moteur de recherche au monde et le leader des nouvelles technologies...

Alors que de nombreuses techniques permettent déjà d’allonger l’existence, les technoprophètes promettent la vie éternelle à l’homme connecté: en transférant le contenu de son cerveau – l’esprit?, la conscience?, l’âme?: les transhumanistes ne le précisent pas – dans un ordinateur, sur Internet ou dans un robot, l’être humain deviendra immortel. C’est ce que le très influent directeur de l’ingénierie de Google Raymond Kurzweil (voir plus bas), grand timonier du transhumanisme à l’origine de l’Université de la Singularité, nomme l’uploading.

(In)humain augmenté

Certes, tous les partisans du transhumanisme ne sont pas des ingénieurs riches à millions qui rêvent de doper leurs capacités physiques et intellectuelles à l’aide d’implants. L’association française transhumaniste (AFT) réunit des citoyens qui s’intéressent aux sciences et aux nouvelles technologies, comme le faisait remarquer récemment lors d’une conférence à Genève Gabriel Dorthe, professeur de philosophie à l’Université de Lausanne. Tous, en revanche, se revendiquent de la pensée matérialiste. Et réclament le droit de s’épanouir en transcendant leurs limites biologiques, sociales et culturelles.

Un droit que les transhumanistes les plus radicaux – qui sont aussi les plus influents – ne comptent pas partager avec le reste de l’humanité, si l’on en croit Jean-Paul Malrieu, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en France: «L’accès à des technologies de plus en plus sophistiquées et coûteuses ne participe pas nécessairement à une amélioration du bien commun. Il peut être un projet pour une élite, explique le physicien dans un documentaire coproduit par Arte France et Cinétévé intitulé Un monde sans humains?. Ces gens-là sont prêts à laisser sur le bord du chemin une bonne partie de l’humanité en attendant sa disparition finale». Cette grande enquête en Asie, en Europe et aux Etats-Unis révèle les liens entre transhumanisme et anarcho-capitalisme. «Quand on regarde les choses de près aux Etats-Unis, commente Jean-Claude Guillebaud, écrivain et journaliste français, on s’aperçoit que les connexions de ces projets techno-scientifiques se font dans l’aile droite du libéralisme américain. Qui a financé l’Université de la Singularité? La droite ultralibérale dure. Les libertariens. Les liens avec le projet marchand et avec les logiques de la société marchande sont indubitables, affolants même!», dénonce l’auteur de La vie vivante. Lui-même croit en une «vie qui échappe aux algorithmes des ordinateurs, à l’hégémonie des dominants qui confondent ‘ce qui se compte’ avec ce qui compte».

Google le gourou

Les adeptes de la Singularité ne sont pas des savants un peu illuminés ou des philosophes prenant leurs désirs pour des réalités, souligne l’enseignant et philosophe français Pierre Dardot: «Ils se donnent les moyens d’agir sur les politiques, les institutions et surtout sur l’orientation de la recherche».

La preuve? En 2003, l’équivalent américain du CNRS, la National Science Foundation, publiait à la demande du président Bill Clinton un rapport sur les quatre disciplines phares des technosciences: nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences cognitives – «NBIC» en anglais. Rédigé par deux scientifiques de haut vol, dont l’un n’a jamais caché ses affinités avec la mouvance transhumaniste, le texte assure que les NBIC permettront, en convergeant, d’augmenter les capacités humaines. «Ce rapport parle notamment de mettre des cerveaux en réseau et de super-soldat, explique Isabelle Sorente, écrivaine et ex-aviatrice directrice de la revue Ravages. L’une des phrases dit: ‘l’humain est le maillon faible de la guerre de demain parce qu’il doit se nourrir et qu’il a une mauvaise résistance aux températures extrêmes’. Dans ce document, qui est au cœur de la rhétorique transhumaniste, l’homme est vu comme de la matière humaine.»

Google, qui brasse des milliards, est aujourd’hui le plus grand promoteur du transhumanisme. Larry Page et Sergueï Brin, ses fondateurs, ont investi de grosses sommes dans l’Université de la Singularité de leur collègue Raymond Kurzweil. L’université tâche d’attirer les élèves les plus intelligents au monde. Entrepreneurs, inventeurs et cadres y recherchent les technologies les plus prometteuses. Pour rester à la pointe. «Jusqu’à 2003, leur lance Peter Diamandis, directeur du centre, l’humanité a créé cinq hexabytes d’information numérique (ndlr: l’équivalent d’un disque dur géant). L’an dernier, il nous a fallu seulement dix jours pour y arriver. Cette année, nous l’avons fait en dix minutes. Si vous êtes préparés, vous pourrez tirer profit de cette évolution exponentielle. Dans le cas contraire, votre boîte coulera.»

La peur d’être largué

Etre dépassé dans le domaine de la recherche: c’est l’une des grandes peurs sur laquelle surfe le transhumanisme. «Alors que nous connaissons une période difficile, les scientistes disent que la seule façon de nous en sortir est d’aller vers encore plus de technosciences», commente Jacques Testart, le père du premier bébé-éprouvette. «C’est un discours scandaleux, affirme le biologiste français en pointant le cauchemar radioactif des Japonais. Trop souvent, dire que l’on va être en retard par rapport aux Etats-Unis ou à un autre pays suffit à donner de l’intelligence à un projet. Mais si être en avance signifie aller droit dans le mur, alors mieux vaut être en retard!»

Cédric Reichenbach

Un cyborg surdoué

 

2014-12-13AIl avale des dizaines de pilules par jour. S’alimente régulièrement par intraveineuse. L’université qu’il a fondée dans la Silicon Valley sert des menus «extenseurs de vie». A 66 ans, l’informaticien de génie Raymond Kurzweil, gourou mondial du transhumanisme, ne cache pas son intention de vivre des centaines d’années. Et pourquoi pas de ressusciter les morts – son père inclus. Directeur de l’ingénierie chez Google, qui vient de racheter une série d’entreprises de robotique, cet inventeur surdoué est régulièrement consulté par l’armée américaine sur des questions technologiques. «On ne cochera pas la case ‘Je veux devenir un humain amélioré’. Cela se fera au travers de milliers de petits pas, chaque pas correspondant à une demande du marché», annonce-t-il dans ses livres et ses DVD, qu’il vend par milliers.

Des mini-Robots dans le sang

Fils d’un couple de Juifs viennois ayant fui le nazisme, Raymond Kurzweil s’est mis très tôt à l’informatique. Il a notamment inventé la première machine à convertir les textes en paroles pour les aveugles. Le synthé K2000, qui a séduit Jean Michel Jarre et Stevie Wonder, c’est lui! Dans les années 1980, il s’intéresse à la capacité de mémoire des ordinateurs. Celle-ci est destinée à croître presque indéfiniment, prédit-il. C’est sur cette fascination pour les tendances exponentielles qu’il bâtit sa pensée transhumaniste. Si les ordinateurs d’antan ont maintenant la taille d’un téléphone portable, une cellule sanguine sera bientôt susceptible de contenir la puissance d’un smartphone, répète-t-il à ses conférences. Devenu riche grâce aux nouvelles technologies, l’homme aux 39 brevets et 19 doctorats honorifiques estime que nous serons bientôt capables de nous soigner grâce à des robots intelligents si petits qu’ils pourront parcourir notre flux sanguin. Si nombre de scientifiques se sont longtemps moqués de Raymond Kurzweil, «aujourd’hui, de moins en moins de personnes le trouvent bizarre», explique son fils. 

Mise à jour le Vendredi, 21 Mars 2014 15:16
 

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