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Articles 2015 - A la Deux
Mercredi, 11 Novembre 2015 00:00

Langue

Les Romands passent la panosse, pas la serpillière

Les Suisses cultivent leur accent et leurs expressions régionales: les enquêtes lancées par l’Observatoire du français en Suisse romande de l’Université de Neuchâtel le prouvent. Le linguiste Mathieu Avanzi analyse les particularités du parler romand.

2015-46-17A«Vous dites plutôt cornet, sac ou sachet? Et avez-vous un mot spécifique pour désigner la neige mouillée?» Cet été, ces questions ont passionné les foules. Des milliers de Romands ont répondu aux enquêtes sur les français régionaux lancées sur internet au printemps 2015 par l’Observatoire du français en Suisse romande de l’Université de Neuchâtel. Ce faisant, ils ont fourni de précieuses informations aux linguistes qui sont en train d’analyser les résultats et de créer des cartes décrivant le français qu’on parle dans les différentes régions de Suisse, de France et de Belgique.
Le succès a été tel qu’une deuxième enquête est en cours, basée sur les commentaires et les suggestions des participants aux premières enquêtes. Le linguiste Mathieu Avanzi, est l’un des initiateurs du projet. Originaire de Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, il est assistant post-doctorant aux universités de Genève et Zurich. Il commente les premiers résultats.

L’intérêt pour le français régional est-il plus grand en Suisse qu’en France ou qu’en Belgique?

Mathieu Avanzi: – C’est très intéressant: quand on les interroge sur leur accent, beaucoup de Suisses répondent qu’ils le trouvent «moche» et qu’ils essaient de le cacher quand ils vont en France. Mais en même temps, ils l’aiment bien, ainsi que leurs expressions. Les Suisses, comme les Belges, ont un sentiment ambivalent face à leur langue. Ils manifestent un fort sentiment d’insécurité linguistique: ils se comparent aux Français et pensent qu’ils ne parlent pas le bon français. Malgré cela, ils sont fiers de leur accent et des spécificités locales de leur vocabulaire. Dans les commentaires aux enquêtes, beaucoup de gens nous ont remerciés de travailler sur le français régional. Le langage est un élément fort de l’identité des Suisses.
En France, les gens ont conscience de certaines particularités régionales, par exemple, en Savoie, le «y» utilisé comme pronom complément d’objet direct, comme dans «J’y mets», qu’on pourrait traduire par «Je mets ça» ou mieux, «Je ça mets» en vaudois. L’article que nous avons publié à ce sujet a été partagé des milliers de fois sur Facebook: il y a donc, ici aussi, une certaine fierté. Cependant, dans des régions comme la Bretagne ou le sud-ouest de la France, le rapport à la langue régionale et à l’accent semble moins fort qu’en Suisse.

Linguistiquement parlant, la Suisse est considérée comme une région conservatrice. Qu’est-ce que ça veut dire?

– On dit conservatrice parce que la Suisse, comme la Belgique, a gardé des traits archaïques: septante, huitante, nonante, le souper. Ce sont des mots qui existaient en France autrefois, peut-être jusqu’au début du 20e siècle, mais qui se sont perdus dans l’évolution de la langue. La langue n’a pas évolué de la même manière en Suisse et en Belgique, et ces mots sont restés. C’est un phénomène qui touche en général les périphéries linguistiques.

Y a-t-il des catégories de choses qui se prêtent particulièrement à un vocabulaire régional?

– D’une façon générale, la faune et la flore. On parle de fayard pour le hêtre, de caïon pour le cochon. Cependant, les noms des animaux de basse-cour semblent se maintenir mieux que ceux des animaux sauvages: l’aire géographique de l’appellation darbon pour parler de la taupe s’est par exemple réduite.  
Les mots régionaux pour désigner des objets de la vie quotidienne et tout ce qui est relié au vocabulaire de l’enfance et de la famille se maintiennent très bien: le bourillon pour le nombril, la pelle à cheni, le galetas... Certains mots issus du patois, qui permettent de désigner des réalités plus précises que le mot du français standard, restent aussi: une pive n’est pas une pomme de pin. On trouve aussi différent mots pour désigner la neige mouillée: la flotche, la papètche, la patchoque, la patiôque et bien d’autres encore.

Est-ce que des mots régionaux se créent?

– Oui, on peut par exemple dire, en parlant d’un smartphone, qu’il est «pire» cher, «monstre» cher, «méga» cher ou encore «cher cher» et «gavé» cher dans le sud-ouest de la France.

Est-ce que la Suisse partage beaucoup de mots ou de prononciations avec d’autres régions?

– Au niveau de la prononciation, on était sûrs que certains phénomènes s’arrêtraient à la frontière, mais ce n’est pas le cas. L’allongement des voyelles, comme dans «boue» ou dans les terminaisons féminines, comme dans «elle est rentrééée», se retrouve dans le Jura français et dans le Doubs. Même chose pour la prononciation de «pot» ou de «vélo» avec un o ouvert, aussi constatée dans le Jura français et dans le Doubs.
En revanche, certains phénomènes s’arrêtent à la frontière. En France, on prononce par exemple le d de stand et le c et le t de district, mais pas en Suisse. Ici, la frontière politique fait aussi office de frontière linguistique.
Mais il y a aussi des exceptions à l’intérieur de la Suisse: une région comme Genève se comporte beaucoup plus comme la France voisine. Et Fribourg a ses particularités: la plupart des Fribourgeois ne font pas de différence entre «boue» et «bout». Ils n’allongent pas systématiquement les voyelles pour marquer le féminin comme ça se fait partout ailleurs en Suisse.

Certains objets ont-ils des appellations particulièrement variées selon les régions?

– Un bel exemple, c’est la petite pelle qui accompagne le petit balai et qu’on utilise pour ramasser du cheni. Dans le Jura, on appelle ça une pelle à cheni, comme dans le Doubs et le Jura français. De Neuchâtel au Valais, on appelle ça une ramassoire. A Genève, ça change de nom et ça devient une pelle à balayures et en Savoie, c’est simplement une pelle.

Avez-vous remarqué beaucoup de différences dans la façon de parler selon les tranches d’âge?

– Nous sommes au tout début de nos analyses, mais nous avons déjà remarqué qu’un des facteurs importants pour l’usage de tel ou tel régionalisme, c’est la mobilité et l’âge. Plus un locuteur est âgé, plus il aura tendance à parler du «mois d’août» sans prononcer le t, ou à dire «c’est exact» sans prononcer le c et le t.

Souvent, les gens habitent à Fribourg et travaillent à Lausanne ou à Genève. Est-ce que cette mobilité à un impact sur la langue?

– C’est difficile à dire. Il y a, dans les médias radiotélévisés, une espèce de parler suisse standard. Mais autrement, j’ai l’impression que les régionalismes se maintiennent. Je pense que les gens s’adaptent quand ils se déplacent mais que, de retour chez eux, ils reparlent comme ils parlaient à l’origine. Bien entendu, les expressions voyagent, mais celles qui étaient en place restent bien en place. Et le fédéralisme encourage cette diversité.

Recueilli par Aude Pidoux

«Je dis septante et nonante»

On a le sentiment que le français est de plus en plus standardisé. Est-ce vrai?

– Il y a vingt voire dix ans, on aurait dit qu’on allait de plus en plus vers une langue homogène. Mais actuellement, on vit un retour aux sources qui donne l’impression que les particularités régionales vont se maintenir. Les gens cherchent à renforcer les régionalismes, à faire un pied-de-nez à l’Europe et à la mondialisation, que ce soit dans la langue, dans la cuisine ou dans la culture, avec le renouveau des produits régionaux et les émissions comme Nos régions ont du talent. En France, il a été question de donner aux langues régionales un statut de langues officielles et de les enseigner à l’école.
Même dans le domaine des sciences du langage, on observe un renouveau d’intérêt pour les phénomènes régionaux, ce qui n’avait pas été le cas depuis trente ou quarante ans. Dans mon domaine, avant, on étudiait le français parisien, alias le français standard! Même dans les écoles de langues, les étudiants sont beaucoup plus sensibilisés à la variation: on leur explique les particularités régionales, on leur apprend à s’adapter, à dire septante et pas soixante-dix en Suisse. Il y a plus de respect pour la variété de l’autre.

Vous êtes originaires de Savoie. Y a-t-il des mots ou des expressions régionales que vous affectionnez particulièrement?

– J’aime beaucoup le «y» savoyard, parce qu’on ne peut pas vraiment le traduire en français. Parmi les expressions suisses que j’aime beaucoup et que tous les expatriés français ou canadiens adoptent vite, figurent «avoir meilleur temps de» et «se réjouir». J’utilise aussi couramment septante et nonante, parce que je les trouve beaucoup plus faciles à utiliser que soixante-dix et quatre-vingt-dix.

Recueilli par Aude Pidoux

 

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