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Articles 2016 - A la Une
Mercredi, 08 Juin 2016 00:00

Spécial éducation

Même à la récré, ils parlent latin

Pour des générations d’étudiants, ce fut un plaisir ou cauchemar, mais surtout pas une langue vivante. Un prof américain assure pourtant qu’on peut se débrouiller en latin après quelques semaines.

2016-23-20ANathan Freeman désigne le verre posé sur la table et dit: poculum! Le livre est un liber et le crayon un plumbum. Quand il enseigne le latin, cet Américain de 35 ans ne commence pas, comme Jacques Brel dans sa chanson, par rosa, rosa, rosam,… Il nomme les objets du quotidien et mime les actions décrites par les verbes.
Béret sur la tête, cheveux un peu en désordre, pull en laine, regard sur l’horizon, Nathan Freeman parle couramment latin en plus de l’anglais, de l’allemand, du français, du portugais et de l’espagnol. Adepte du latin vivant, il l’enseigne en Europe, en Amérique du Nord, en Argentine et au Brésil avec une méthode dite naturelle: il ne parle qu’en latin pendant ses cours, même avec les débutants, et ne s’arrête pas sur la grammaire.
«C’est ainsi qu’on enseignait le latin au Moyen Âge et à la Renaissance, note-t-il. A l’époque, les étudiants étaient originaires de différentes régions d’Europe aux langues et aux dialectes très variés. La plupart du temps, le professeur ne connaissait pas la langue de ses élèves. Il parlait latin en classe et les élèves apprenaient petit à petit. Ce n’est qu’à partir des Lumières, quand on a commencé à considérer la langue comme une science, que l’enseignement du latin a adopté une méthode basée sur la grammaire.»
Les résultats ne sont pas toujours concluants: avec cette méthode grammaticale toujours largement enseignée aujourd’hui, il faut souvent plusieurs années d’études et un dictionnaire pour traduire des textes classiques simples. Alors qu’avec la méthode naturelle prônée par Nathan Freeman, les élèves parviennent à lire des textes classiques au bout de cinq à six semaines de cours intensifs. Sans dictionnaire, mais à l’aide d’éditions illustrées qui les aident à comprendre le sens des nouveaux mots. Mieux, ils réussissent un exploit dont n’osent même pas rêver les meilleurs jeunes latinistes de nos écoles: ils conversent en latin. «Apprendre le latin devient un jeu»,
assure Nathan Freeman. Développée dès le début des années 1990 et enseignée depuis une quinzaine d’années à l’académie Vivarium Novum à Rome, cette méthode bouleverse l’image de langue morte et rébarbative qui colle au latin.

Les bavardages aussi

A Rome, tout se passe en latin, même le bavardage entre les cours. Le fondateur de l’école, Luigi Miraglia, est considéré comme le meilleur spécialiste de latin vivant au monde. Les classes sont principalement composées de philologues qui veulent développer leurs capacités en latin et en grec, notamment pour pouvoir lire plus rapidement. En effet, quand on est capable de converser couramment en latin, on ne traduit plus les textes. On les comprend, tout simplement.
En Suisse, le latin fait les frais du désintérêt des élèves et de la concurrence des autres branches: le pourcentage d’élèves passant une maturité fédérale «latine» dépasse rarement 5 %, selon les cantons. Malgré les efforts déployés pour rendre l’apprentissage de cette langue plus attrayant, la méthode naturelle reste peu connue et peu enseignée. «A ma connaissance, un tel enseignement n’existe dans l’école publique», remarque André Görtz, collaborateur à la Direction pédagogique de la Direction générale de l’enseignement obligatoire de l’Etat de Vaud. «Le plan d’études romand ne préconise pas d’enseignement de ce type.»
Une étude menée en 2013 par le Service de la recherche en éducation du canton de Genève sur la désaffection du latin au secondaire mentionnait bien la possibilité d’enseigner le latin comme une langue vivante pour augmenter l’intérêt des élèves, mais constatait qu’une telle stratégie n’a jamais été évaluée.
En Suisse alémanique, il existe au moins un cercle de conversation latine (répertorié sur le site www.latinisator.ch) et le canton de Bâle publiera prochainement un manuel d’initiation au latin destiné à un jeune public avec un CD qui fait la part belle à l’oral. Mais on est encore loin du latin courant prôné par Nathan Freeman. Aux Etats-Unis, les écoles qui utilisent sa méthode sont rares; mais leur nombre augmente, notamment grâce à l’influence de jeunes enseignants qui remarquent que leurs élèves sont plus motivés et qu’ils apprennent plus vite grâce à elle. L’Université du Kentucky, là où Freeman s’est pris de passion pour le latin, y joue un rôle pilote.

Le latin des théologiens

A première vue, rien ne le destinait à concurrencer César ou Cicéron: Nathan Freeman étudie d’abord la biologie, puis la théologie protestante. Alors qu’il participe à un séminaire calviniste, il constate que les théologiens ne traduisent pas les citations latines, mais semblent les comprendre. Cela l’interpelle: «Comment ana­lyser des textes théologiques sans les lire dans la langue originale? Je me suis rendu compte qu’il me manquait des connaissances fondamentales pour comprendre l’histoire de l’Occident et pour lire ses textes».
Mais ses premiers pas en latin, en autodidacte aidé de livres de grammaire et de vocabulaire, tournent à l’échec. «C’était difficile et ça m’ennuyait.» C’est un collègue, professeur de latin à l’école secondaire dans laquelle il enseigne l’histoire, qui lui fait découvrir la méthode naturelle. Nathan Freeman s’installe au fond de la classe de son collègue et suit ses cours de latin entouré de jeunes élèves. C’est une révélation. Il s’inscrit à l’Université du Kentucky, apprend le latin avec la méthode naturelle. Il finit par se convertir au catholicisme en 2010. «J’avais un bachelor et un master en théologie protestante, mais cela ne me correspondait plus. Je ressentais le besoin d’aller chercher une foi plus ancienne. J’aime l’unité et l’universalité de l’Eglise catholique. Et puis, connaître le latin m’a permis de comprendre la profondeur et la beauté de la liturgie ancienne. Je suis amoureux de la musique grégorienne et de la musique médiévale et de leurs textes si poétiques.»

Le goût de l’original

Décidé à faire découvrir ces trésors, il a fondé sa propre académie de latin vivant, appelée Arx Veritatis. Con­trairement à l’académie Vivarium Novum de Rome, qui se concentre sur les textes de l’Antiquité et de la Renaissance, il aimerait aussi faire découvrir à ses étudiants les auteurs du Moyen Âge. «D’un point de vue linguistique, ils sont moins importants, mais ils présentent un grand intérêt pour la théologie. La spiritualité du Moyen Âge a encouragé les poètes à la profondeur. Ils s’efforçaient de trouver l’unité entre les différents niveaux de vérité – philosophique, politique, théologique. Il existait une volonté de construire une société harmonieuse.»
Mais pourquoi lire ces textes en latin puisqu’ils sont traduits? «Il est plus difficile de traduire le sens d’un texte que d’apprendre une nouvelle langue. Jamais je n’aurais pu comprendre les nuances des textes de saint François de Sales ou de saint Augustin en lisant les traductions. Il y a tellement de passion et de profondeur chez saint Augustin; c’est intraduisible.»

Aude Pidoux

Roma in Italia est

«Roma in Italia est. Italia in Europa est. Graecia in Europa est. Italia et Graecia in Europa sunt. Hispania quoque in Europa est. Hispania et Italia et Graecia in Europa sunt.» Vous n’avez jamais étudié le latin mais avez compris quand même? C’est le but. C’est ainsi que commence la méthode Lingua latina per se illustrata de Hans H. Ørberg, véritable bible des adeptes du latin vivant. Tout, de la première à la dernière page, y est écrit en latin. Les nouveaux mots et formes grammaticales apparaissent naturellement au fil du texte, qui se complexifie de page en page, et des notes en marge, en latin elles aussi, attirent l’attention sur certains points de grammaire qui apparaissent dans le texte. L’apprentissage se fait par l’usage, sans déclinaisons à ânonner. AuP

2016-23-21BGoscinny n’a pas fait de latin

 

Le latin est partout dans les aventures d’Astérix. Triple-Patte le pirate et son compagnon Baba, qui ne cesse de répéter qu’errare humanum est, les soldats romains et leurs chefs plus ou moins cultivés , le grand Jules César et même les petits Gaulois qui attaquent leurs ­copains au cri de Alea zacta eft! – parce qu’ils zézaient un peu: tous baragouinent des formules latines qui faisaient partie du bagage du public francophone. L’imparfait étant de rigueur, l’anglais ayant supplanté désormais ces références culturelles dans les têtes des enfants et des adultes. «Je me suis toujours inspiré des pages roses du Petit Larousse pour faire parler mes Romains en latin, écrit René Goscinny, le génial auteur de ces dialogues. Il m’est arrivé de recevoir des lettres de latinistes distingués me signalant une incorrection dans telle ou telle phrase, je les renvoyais alors à la page ‘tant’ du Petit Larousse. Moi, je ne peux pas faire d’erreurs… je n’ai jamais fait de latin!»
Le succès d’Astérix a justifié même une édition destinée aux collégiens qui font du latin, avec des citations cachées, ­intitulée Caelum in caput ejus cadit (Le ciel lui tombe sur la tête, aux éditions Albert René). Les héros sont renommés pour l’occasion, Idefix devenant Notabenix, Bonemine Bisrepetita et Panoramix le druide prenant le nom d’Omnipotentix, etc. L’ensemble de la collection est traduite en latin chez Ehapa. Pour l’occasion, Astérix chez les Helvètes s’intitule Asterix apud Helvetios. Qui a dit que le latin était difficile? EM

 

Mise à jour le Mercredi, 08 Juin 2016 12:02
 

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