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top news photography L'hypnotiseuse Stéphanie Krieger en tournée

L’hypnotiseuse fribourgeoise Stéphanie Krieger est en tournée en Suisse romande: en quelques mots, quelques gestes, elle emmène les spectateurs dans un monde de rêve. Mais il faut se laisser guider. Elle précise: «On est conscient de ce qui se passe, on pourrait en sortir, mais on se sent tellement bien qu’on n’en a pas envie; on se laisse guider. A condition, bien entendu, qu’on ait confiance en l’hypnotiseur». Pour en savoir plus...
Articles 2016 - A la Deux
Mercredi, 23 Mars 2016 00:00

Santé

Celui qui a souffert peut soigner les autres

Depuis deux ans, des patients de Suisse romande qui ont vécu des accidents psychiques sont formés pour venir en aide à d’autres patients. Leur expérience permet de lancer des ponts entre malades et médecins.

2016-12-santéImaginez un travail pour lequel ce serait un atout professionnel d’avoir des antécédents psychiatriques... Eh bien, ce travail existe! C’est celui des pairs praticiens, des individus qui ont souffert dans leur santé mentale et qui se sont suffisamment bien remis pour pouvoir soutenir des personnes confrontées aux mêmes difficultés. On les présente souvent comme des «experts par expérience», car c’est à travers leur propre exemple qu’ils aident les personnes en souffrance en leur servant de modèle d’identification. On parle aussi de pair praticien ou de médiateur pair aidant.
Il y a deux ans, une formation ad hoc débouchant sur un diplôme a été mise en place à l’Ecole d’études sociales et pédagogiques (EESP) de Lausanne. «Le pair praticien n’a pas pour fonction de se substituer aux services de santé mentale existants», précise d’emblée Esther Hartmann, psychologue FSP et chargée de projets chez Pro Mente Sana, qui a lancé cette formation en partenariat avec la Coordination romande des associations d’action en santé psychique (Cora-asp) et l’EESP. Le pair praticien se positionne entre le patient et le corps médical et peut ainsi faciliter l’alliance thérapeutique en exerçant un «effet passerelle».

L’expérience de la souffrance

«Je ne suis pas là pour donner des conseils. Les solutions que j’ai trouvées pour m’en sortir sont personnelles. En fait, je me suis demandé quel était le lien entre mon expérience et celle des personnes en difficulté que je rencontre. Et je suis arrivé à la conclusion que c’était le fait d’avoir à affronter la souffrance, tout simplement», explique Iannis McCluskey, président du Réseau romand des pairs praticiens. Ce Neuchâtelois de 27 ans a fait partie de la première volée après avoir connu des troubles psychiques; il intervient actuellement en tant que pair praticien à l’Ecole La Source et au Département de psychiatrie du CHUV à Lausanne.
Des recherches effectuées dans les années 1990 par Phyllis Solomon, professeur à la School of Social Work de l’Université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, montrent que les pairs praticiens possèdent une «habileté remarquable pour aider les personnes à adhérer à leur traitement». Phyllis Solomon estime donc que les équipes soignantes peuvent «les considérer comme des partenaires égaux et les embaucher en tant qu’intervenants à part entière».
En Suisse alémanique, où existe une formation ad hoc depuis plus longtemps, ils animent des groupes d’entraide ou interviennent ponctuellement dans certaines unités de soins pour accompagner les patients. Mais sur le plan purement professionnel, ils évoluent dans une sorte de no man’s land: «Leur engagement repose assez fréquemment sur un arrangement informel, avec un titre et une fonction pas clairement définis», observe Esther Hartmann.

Pas vraiment payés

Financièrement, ce n’est pas très gratifiant. En Suisse, les premiers pairs aidants ont parfois reçu leur salaire sous forme d’avantages matériels. «De toute façon, si l’on devait acheter mes expériences de vie au prix qu’elles m’ont coûté, personne ne pourrait se les payer», ironise Nathalie Lagueux, coordinatrice au sein de l’association québécoise des pairs praticiens. Actuellement, plusieurs dizaines de pairs praticiens exercent en Suisse, mais seul un petit nombre d’entre eux parviennent à vivre de cette activité.
Par ailleurs, les premières expériences, réalisées en Amérique du Nord au milieu des années 1980, ont révélé que leur intégration dans les équipes soignantes n’allait pas de soi. On les regardait parfois du coin de l’œil. L’importance de préparer leur accueil avait été sous-estimée. Les équipes de soins craignaient d’une part qu’ils ne soient pas à l’abri d’une rechute; d’autre part, elles redoutaient une sorte de confusion des rôles puisqu’il n’est pas exclu qu’un pair praticien se retrouve nez à avec un soignant qu’il a connu en tant que patient!
Tout cela soulève évidemment la question de la guérison psychique. «Se rétablir, ce n’est pas devenir une personne normale, mais quelqu’un de plus humain», se plaît à dire la psychologue Patricia E. Deegan, fervente avocate des pairs praticiens en Amérique du Nord. «Chez Pro Mente Sana, nous croyons fermement au rétablissement, affirme Esther Hartmann. Nous ne savons pas combien de temps cela prendra ni jusqu’où ce sera possible, mais nous sommes persuadés que toute personne peut s’engager sur ce chemin. En ce sens, on peut voir les pairs aidants comme une invitation à changer de regard sur la maladie psychique.»
Francesca Sacco

Un peu d’histoire

Les pairs praticiens sont recrutés en veillant à respecter un certain équilibre en termes d’âge, de sexe, de canton et de problématique psychique. Les cours portent entre autres sur la psychologie et la pharmacologie et ils sont complétés par un stage pratique. Aucun titre universitaire n’est exigé pour commencer la formation: l’unique prérequis est d’avoir été hospitalisé au moins une fois pour raisons psychiques et de ne pas avoir connu de rechute grave depuis un an.
Les premiers pairs aidants ont été formés au Québec dans les années 1980, où l’on en compte actuellement plus d’une centaine. L’Etat le plus avancé des Etats-Unis est la Géorgie, avec 385 diplômés. Depuis 2007, l’assurance santé Medicare, créée par le gouvernement américain, accepte de rembourser leurs prestations à certaines conditions. Les peer support workers, comme on les appelle dans les pays anglo-saxons, sont également connus au Royaume-Uni, au Danemark et depuis peu en France.
Leurs racines pourraient remonter à la création des premiers groupes d’entraide, au 19e siècle, par l’association militante britannique The Alleged Lunatic’s Friend Society, qui militait contre les abus de pouvoir des soignants sur les internés psychiatriques. On peut aussi voir une filiation avec les Alcooliques Anonymes, qui s’appuient depuis 1937 sur la puissance du partage entre personnes souffrant d’un même mal.

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