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Articles 2017 - A la Une
Mercredi, 24 Mai 2017 00:00

 

Pédagogie

Le boom des écoles Montessori

Une école Montessori ouvre chaque année en Suisse romande. Qu’est-ce qui explique le succès de cette pédagogie sans notes et sans punitions qui stimule la curiosité naturelle des enfants? Visite à Vevey et aux Paccots.

2017-21-18A

Quel est le point commun entre George Clooney, Gabriel Garcia Marquez, Larry Page et Sergey Brin, cofondateurs de Google, ou le prince William et son frère Harry? Tous ont été scolarisés dans des écoles Montessori. Et comme de nombreux anonymes, ils semblent en avoir hérité une indépendance d’esprit et une propension à suivre leurs intuitions et leurs élans. Ce qui pourrait expliquer leur succès.

Cette pédagogie active, élaborée au début des années 1900 dans un quartier populaire de Rome par une femme médecin, Maria Montessori (lire plus bas), a le vent en poupe. En France, l’an dernier, le livre Les lois naturelles de l’enfant, qui raconte comment une institutrice a boosté le niveau des élèves d’une classe maternelle de Gennevilliers en utilisant les méthodes de Maria Montessori, s’est écoulé à plus de 100’000 exemplaires.

Une pédagogie très tendance

«Depuis dix ans, une école reconnue par notre association a ouvert chaque année en Suisse romande», assure Philippa Romig, membre du comité de Montessori Suisse. Il y en a une quinzaine au total, dont sept rien qu’à Genève, et quatre dans le canton de Vaud. Cinq autres sont en cours de reconnaissance. Les écoles existantes concernent surtout la classe d’âge des 3-6 ans, mais les 6-12 et même les 12-15 ans sont en progression. Le phénomène est mondial puisqu’en une décennie, le nombre d’écoles Montessori a augmenté de 67% dans 126 pays. Leur total dépasse aujourd’hui 25’000! Montessori est le modèle pédagogique le plus répandu au monde.
2017-21-18BEn quoi consiste cette méthode miracle? Pour le comprendre, nous nous sommes d’abord rendus dans l’école de Vevey (VD). Là, couché à même le sol et très concentré, nous attendait Ion, un petit Grec de 5 ans qui planchait seul sur ses fractions. A une table, deux camarades plus âgés s’attaquaient ensemble aux multiplications avec la même frappante détermination. «Ici, on ne nous casse pas avec des notes. On se sent considéré, écouté. Dans mon ancienne école, quand je ne comprenais pas, ma professeure me réexpliquait pareil, mais en parlant plus fort. Du coup, je disais que j’avais compris et le soir, ma maman et moi ramions pour rattraper!», explique Lubin, 12 ans, avec une surprenante maturité.
Chez Montessori, il n’y a ni récompenses ni punitions. Chaque enfant travaille par et pour lui-même. Il se confronte toujours à un degré de difficulté à la fois en utilisant le matériel pédagogique très riche et ingénieux mis au point par Maria Montessori.
En mathématiques, un petit cube de bois représente l’unité, une barre dix fois plus longue la dizaine, un cube dix fois plus gros la centaine, etc... Les enfants sont ainsi d’emblée confrontés à du concret et les connaissances qu’ils en tirent ont du sens pour eux. Cela favorise l’intégration et, plus tard, le passage à la pensée abstraite. Leur plaisir d’apprendre est palpable et leur regard pétille.
La politesse et la confiance avec laquelle nous abordent deux élèves pour nous offrir un verre d’eau témoigne à la fois d’un bel épanouissement et de l’intégration saine des principes de savoir-vivre qui leur ont été expliqués lors de présentations joliment baptisées «Grâce et courtoisie».

Pas de boîte

«Ici, on ne casse pas les enfants pour les faire entrer dans une boîte et il est rare qu’on s’en tienne à un programme établi. L’an dernier, un élève de 10 ans a par exemple passé trois jours de suite à conjuguer des verbes en ‘er’. Il en avait besoin. On l’a laissé faire et je vous assure qu’à la fin, il maîtrisait la chose», se souvient, amusée, Pascale Randin, qui a cofondé l’école en 1999 et qui y travaille toujours comme enseignante.
Dans son établissement d’une cinquantaine d’élèves, le temps n’est jamais une contrainte. «Ici, on ne fait pas vite, mais on fait bien et au final, on gagne beaucoup de temps, car les connaissances sont vraiment acquises», explique-t-elle. A Vevey, certains élèves savent lire dès 3 ans et demi et la plupart des autres maîtrisent les fractions dès 6 ans, soit avec deux ans d’avance sur le système classique.

L’erreur pas stigmatisée

2017-21-23A«Il est prouvé que le stress du temps ou de la note inhibe les capacités d’apprendre et de mémoriser», précise de son côté Solange Denervaud. Cette maman d’élève boucle un doctorat en neurosciences à l’Université de Genève sur les bienfaits de la méthode Montessori. La scientifique rappelle que la mémorisation et la réflexion passent par le mouvement. C’est pour cela que, dans les écoles Montessori, les élèves peuvent se mouvoir ou travailler à même le sol s’ils en ressentent le besoin. C’est pour cela aussi que le matériel pédagogique est accessible aux jeunes. Lesquels sont invités à le ranger après utilisation, mettant ainsi en pratique l’adage de Maria Montessori disant que « la liberté est le chemin de la discipline».
2017-21-24AChez Montessori, le souci d’autonomie des enfants est permanent. Un adulte ne fera jamais à la place d’un enfant ce qu’il peut faire lui-même. «Cela l’amputerait de la joie de réussir et d’intégrer pleinement le savoir concerné», commente Maud Mayer, directrice de l’école Montessori des Paccots (FR) tandis que les deux fillettes chargées d’organiser les goûters de la semaine pour leurs camarades rentrent des courses. Ici comme à Vevey, l’autocorrection est de mise. Le professeur aiguille son élève pour qu’il trouve lui-même son erreur, renforçant au passage sa capacité de réflexion et sa prise de confiance. La philosophie sous-jacente est que l’erreur n’est pas un problème puisque c’est en essayant qu’on apprend.

Des profs observateurs

Dans un premier temps, le professeur fait une courte présentation, souvent pluridisciplinaire, à un petit groupe sur un thème donné. Dans un second temps, les élèves s’y frottent selon un angle précis. Ils sont alors libres d’interagir les uns avec les autres. La chose est favorisée par le système des classes multi-âges. «Comme dans la vie, les âges se mélangent. Cela favorise l’émulation, le calme et l’entraide, résume Maud Mayer. Les plus grands aident les plus petits avec plaisir et, au passage, cela consolide leurs acquis.»
«L’école n’est pas un endroit où l’on enseigne, mais un endroit où l’on apprend», aimait à répéter Maria Montessori. Dans son système, les professeurs endossent donc le plus souvent un rôle d’observateurs cadrants et bienveillants. Forts de leur expérience, ils pourront déceler que tel élève entre dans une «période sensitive» durant laquelle son cerveau sera ultra réceptif à un apprentissage donné. «Dans l’identification de ces périodes réside une part importante de la puissance de la méthode Montessori», conclut Solange Denervaud. Elle espère que son doctorat et les études d’imagerie qui l’étayent permettront de convaincre les responsables politiques de l’intérêt de penser de nouvelles pédagogies en s’inspirant des découvertes de la pédagogue italienne.
En attendant, les écoles Montessori ne reçoivent aucune subvention publique. A Vevey et aux Paccots, une année d’école primaire coûte respectivement 14’900 francs et 10’560 francs. Pas à la portée de toutes les bourses, donc! Sauf que la popularité croissante de cette méthode, dont des «produits dérivés» sont désormais vendus jusque dans les magasins Nature & Découvertes,  pourrait bien, à moyen terme, changer la donne...

Texte et photos: César Deffeyes

www.montessorisuisse.ch

 

2017-21-20BUne pédagogue spirituelle

Maria Montessori (1870 – 1952) naît dans une famille bourgeoise catholique de Chiaravelle, non loin d’Ancône. Dans ce milieu, elle bénéficie d’une liberté inhabituelle pour l’époque. Ainsi, à 26 ans, elle s’affranchit des barrières sociales et des réticences paternelles en devenant la première femme chirurgien d’Italie. Par la suite, elle prend le virage de la pédagogie et fonde une école d’orthophonie. Là, elle découvre l’importance d’observer sans juger ses jeunes protégés pour les faire progresser. Tout est déjà en eux: il suffit de leur offrir un environnement et des outils adaptés et leur envie d’apprendre s’épanouira d’elle-même.
En 1906, après avoir bouclé brillamment des études de psychologie et de philosophie, elle pose les bases de sa méthode qu’elle met en pratique l’année suivante dans le quartier populaire San Lorenzo à Rome. Dans ce ghetto peuplé d’immigrants venu du sud de l’Italie, elle prend en charge des enfants issus de familles illettrées, faisant construire des tables et des chaises adaptées à leur taille, une innovation pour l’époque. En deux ans, son matériel pédagogique «tactile et sensoriel» fait des miracles: ces enfants jugés irrécupérables savent lire et écrire.
D’autres écoles s’ouvrent et les résultats sont si spectaculaires qu’ils attirent l’attention de spécialistes du monde entier. Cela amènera l’Italienne à voyager pour propager sa vision décoiffante de l’éducation, notamment aux Etats-Unis avec le soutien de Thomas Edison, et en Inde où elle fréquente le Mahatma Ghandi. Sa vision est empreinte de spiritualité même si ce dernier aspect est un peu occulté par ses héritiers. «D’un point de vue religieux, l’enfant est l’être humain le plus puissant au monde. Il n’y a aucun doute qu’il y a une communication entre lui et le créateur. L’enfant est la preuve la plus évidente de son travail», expliquait ainsi la pédagogue dans l’un de ses nombreux ouvrages, L’éducation et la paix.   CeD

 


Bon pour les ados aussi

Des milliers d’écoles Montessori dans le monde, mais un seul collège en France: Sylvie d’Esclaibes a été la première à ouvrir un établissement pour les élèves du niveau secondaire. Une décision prise après avoir visité un collège «immense et impersonnel», où son fils éduqué à la mode Montessori n’aurait pas trouvé, dit-elle, des profs «toujours vigilants à ne pas blesser les élèves, à ne pas les humilier, mais soucieux de développer leur confiance en eux et leur autonomie».
C’est ainsi qu’elle explique sa démarche dans un livre qui raconte ses vingt ans d’expérience. La pédagogie sans punitions ni redoublement est aussi possible à l’âge ingrat où
les ados s’intéressent plus à leur apparence qu’à leurs résultats scolaires. Mais cela implique de garder un équilibre entre les élèves qui viennent de petites classes Montessori et ceux qui découvrent cette méthode, entre ceux qui font confiance à l’éducateur et les cas désespérés qui sonnent à la porte du collège quand tout a échoué.
Son livre rappelle les principes de Montessori: l’autonomie de l’élève, la suppression des devoirs et des notes (mais l’élève et ses parents peuvent voir les notes sur le site internet de l’école, l’objectif étant de progresser, pas d’écraser les autres ou de se sentir humilié), l’importance du matériel didactique concret et des activités artistiques. «On le remarque tous les jours, écrit Sylvie d’Esclaibes: les collégiens issus du système traditionnel sont limités dans leur créativité, ils n’osent pas, ils ont perdu toute capacité d’imagination. Les montessoriens sont très créatifs, car on les a toujours laissé prendre des initiatives, choisir leur travail, le matériel à utiliser...»
Il faut pour cela des professeurs très motivés, dont certains témoignent dans le livre. On y trouve aussi les bouliers, réglettes et autres fiches pratiques qui ont fait le succès de Montessori. L’auteure raconte enfin le cas d’élèves HP (à haut potentiel), dyslexiques ou handicapés qui ont trouvé leur voie dans son école. A croire que rien n’est impossible. C’est le livre d’une convaincue qui voit la souffrance de nombreux ados et qui voudrait des écoles semblables dans tout le pays. Son précédent livre était d’ailleurs intitulé Montessori, partout et pour tous.
Patrice Favre

 

Mise à jour le Mercredi, 24 Mai 2017 12:11
 

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