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Articles 2017 - A la Une
Mercredi, 20 Septembre 2017 00:00

 

Fribourg

Une journée «sous les jupes des filles»

 

Les jeunes Suisses accordent-ils des faveurs sexuelles contre des avantages financiers ou autres? Une enquête présentée à Fribourg se veut rassurante. Mais rien n’est simple et les filles sont sous pression.

«Un baiser contre un paquet de cigarettes ?» Confrontés à de telles «transactions sexuelles», éducateurs et professionnels de l’aide sociale y ont vu un facteur de risque. Leur inquiétude est à l’origine d’une étude réalisée entre 2015 et 2017 par la Haute école de travail social de Fribourg auprès de plusieurs milliers de jeunes (voir ci-dessous).
Les résultats ont été présentés le 6 septembre en présence de plus de 100 participants venus de tout le pays. Une journée intense, comme le sont souvent ces colloques où pleuvent les chiffres et les formulations du genre «Une approche compréhensive qui priorise les logiques subjectives et les représentations qui sous-tendent les pratiques» (sic !). Mais une journée utile dans la mesure où elle a fait voir les dessous d’un continent longtemps tabou.

Payer ou négocier?

2017-38-11AL’orateur invité était le sociologue Philippe Combessie, professeur à l’Université de Nanterre. 56 ans, le crâne rasé à la Michel Foucault – qu’il a d’ailleurs cité – et un débit prodigieux, Combessie a été présenté comme un spécialiste des «sexualités négociées». Avant lui, les féministes surtout ont décrit la sexualité comme une forme de domination des hommes sur les femmes, qu’il s’agisse de prostitution ou du mariage à vie. Ce que le professeur parisien a résumé dans une formule cinglante: «La sexualité est toujours payante et ce sont les hommes qui paient».
Plus récente, la notion de sexualité négociée tient compte de l’évolution de la société. Les femmes gagnent parfois plus d’argent que les hommes. L’affectif, les «bénéfices immatériels » que sont la reconnaissance et la valorisation de sa féminité ou de sa virilité sont mieux pris en compte. Internet et les sites de sexualité virtuelle ont multiplié les espaces de négociation: sur les sites de rencontre, on s’évalue, on marchande à distance. Les sexualités minoritaires, homosexuelles et autres, sont mieux connues et acceptées.
En conclusion, dit Combessie, la notion de négociation permet de mieux comprendre la complexité de la sexualité humaine, «qui ne peut pas être réduite à une domination unilatérale.»

Le retour des jaloux

Mais comment se vit-elle au quotidien? Place aux exercices pratiques: fasciné comme ses confrères par les chiffres, Philippe Combessie a cité deux enquêtes sur les mœurs des jeunes Français et Françaises, avec une profusion de détails qui ont suscité parfois le rire de son auditoire. Avec une précision d’entomologistes, les sociologues découpent la sexualité des ados en «séquences» qui vont du premier baiser et à des relations sexuelles complètes en passant par d’autres figures plus sportives. «Il y
a 64 configurations possibles, mais 95% des jeunes s’arrêtent à sept. Et 97% d’entre eux ont commencé par un baiser sur la bouche.» Ouf, on respire.
Souvent, ces statistiques enfoncent des portes ouvertes («Les amours de vacances ne durent pas très longtemps») ou confirment des idées reçues: les premières histoires d’amour sont rarement les dernières et le mariage n’est pas une garantie de fidélité. Plus inattendu est le retour des jaloux.
«Dans les années 1970, c’était ringard, se souvient Philippe Combessie, mais la chanteuse Emilie Loiseau en a fait un tube en 2006, intitulé ‘Oh oui, je suis jalouse’. Cela peut s’expliquer par les séparations plus nombreuses qui accroissent la concurrence sexuelle. Et cela joue un rôle dans les négociations amoureuses».

Qui sont les pervers

2017-38-13AEt les jeunes Suisses? Présentée par deux professeures de la Haute école de Fribourg, Annamaria Colombo et Myrian Carbajal, l’enquête a confirmé qu’ils sont aussi en négociation permanente. Mais ils sont plus sages que les adultes le pensent souvent. S’ils ont un langage très cru, les entretiens réalisés avec eux ont révélé beaucoup d’émotion et de pudeur, de craintes aussi. Frappante est la remarque d’une jeune fille disant que «ce sont les adultes qui croient qu’on vit une sexualité débridée et perverse».
En outre, et on touche là à l’objet même de l’enquête, ces jeunes ne mélangent pas l’argent et le sexe, à de rares exceptions près, comme les marginaux qui se vendent pour survivre ou payer de la drogue. Le sexe est associé au plaisir, au don de soi et à la gratuité, et tout ce qui fait penser à la prostitution est banni. Touchante est l’histoire d’une jeune fille qui avait accepté qu’un garçon touche ses seins contre une pièce de cinq francs. «C’était un jeu, j’étais d’accord et on l’a fait. Mais je lui ai rendu sa pièce parce que ça me mettait mal à l’aise. Je me sentais sale, sans valeur et qu’on peut m’acheter».

Ne pas être une profiteuse

Ce témoignage dit aussi que la négociation peut conduire à des transactions non désirées. «Si on me paie un verre, je me sens obligée de rendre quelque chose pour ne pas apparaître comme une profiteuse. Même si cela n’a pas été planifié à l’avance», dit une autre fille. La notion de redevabilité, de « devoir quelque chose» est surtout exprimée par les filles, constate Annamaria Colombo.
La plupart des jeunes pensent cependant qu’ils gardent le contrôle et peuvent dire non. «C’est toujours un compromis, jamais totalement libre ni totalement contraint. Certains jeunes regrettent parfois des choses ensuite, mais s’il n’y a pas de violence, ils ne le vivent pas forcément comme un abus.»
De même, beaucoup cherchent la reconnaissance de leurs pairs et veulent tester leurs capacités de séduction. Certaines expériences de «transaction sexuelle», pour reprendre le titre du colloque, font partie de la construction identitaire et n’auront pas de conséquences destructrices. Sauf si internet passe par là: ce qui restait confiné dans le secret du couple peut finir sous les yeux de tous.
Là encore, les plus fragiles sont les filles: «La peur de passer pour une pu- te, pour une salope est très présente», dit Annamaria Colombo. Cela rend parfois difficile la recherche d’une aide extérieure. Au final, dit-elle, «il ne faut pas paniquer ni banaliser, mais trouver un équilibre. Les jeunes sentent quand ça ne va pas bien, mais ils sont souvent très seuls dans ces moments-là. Et ils n’osent pas en parler de peur de se faire juger».

Des adultes désorientés

Une observation écoutée avec attention par les nombreux travailleurs sociaux, éducateurs et psychologues présents à Fribourg. Les professionnels ont été eux-mêmes interrogés dans le cadre de cette enquête.
D’après Myrian Carbajal, qui a présenté ces résultats, «les accompagnants sont parfois désorientés, car ils ne savent pas quel est leur rôle. Ils essaient de ne pas juger ces jeunes. Mais à force de ne pas avoir de critères, ils ne voient plus le caractère problématique de certains comportements. Ils oublient que les jeunes sont dans une phase de construction de leur personnalité et qu’ils ont besoin de la parole et du jugement d’un adulte».
En toute fin de séance, le professeur Philippe Combessie s’est rappelé au bon souvenir des participants en révélant que les dernières études faites aux Etats-Unis signalent depuis deux ans une diminution de l’activité sexuelle, en particulier parmi les jeunes.
A trop regarder sous les jupes des filles, comme disait Alain Souchon, en perd-on le goût?
Patrice Favrenoyer.

 

 


«On se sent obligée»

Le témoignage d’Estelle, une Romande de 21 ans: «ça m’est déjà arrivé qu’une copine me dise: ‘Ah ben écoute, soit on va dormir chez lui, soit on attend jusqu’à 6 heures du matin pour le premier train’. Et puis c’est en hiver. Du coup on est un peu là, alors on va chez le gars, mais on sait qu’il y en a une des deux qui va passer à la casserole. Parce que le gars il a proposé: ‘Vous pouvez dormir chez moi’, mais on sait ce que ça veut dire. Enfin... A partir de là, ça devient une obligation et c’est ça qui est affreux. On se sent obligée».


En ligne et en direct

L’enquête de la Haute école de travail social de Fribourg s’est basée sur un questionnaire en ligne auquel ont répondu 6500 jeunes de 14 à 25 ans de toute la Suisse (les Romands ont été les plus nombreux). Après triage, 3749 réponses ont pu être utilisées. Cet échantillon est important, mais pas représentatif, tient à préciser Annamaria Colombo, responsable de l’étude: «On suppose que les réponses ont été données en priorité par des jeunes actifs sexuellement et qui ont vécu de tels échanges sexuels». La notion d’échange a d’ailleurs été préférée à celle de rétribution, qui a une connotation financière rejetée par les jeunes. Ceux- ci étaient notamment invités à qualifier leurs expériences en déplaçant des curseurs qui leur donnaient une valeur: normal-anormal / défendu-permis / violent-doux /généreux-égoïste, humiliant-respectueux/ risqué-sûr, etc...

Par la suite, 37 jeunes ont été invités à des entretiens. Parmi eux (moyenne d’âge 19 ans), 11 se disaient homosexuels. En parallèle, 34 professionnels travaillant avec des jeunes ont été interrogés. Le document de synthèse sur cette recherche est disponible sur le site de la HETS-FR.
http://www.hets-fr.ch/fr/recherche/no_menu/Colloque_transactions

 

 

Mise à jour le Mercredi, 27 Septembre 2017 07:24
 

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