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Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
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Articles 2017 - A la Une
Mercredi, 18 Octobre 2017 00:00

 

Michel Maxime Egger

Protéger l'environnement ne suffit pas

 

 

Comment transformer le monde sans se transformer soi-même? En 2016, le sociologue et théologien Michel Maxime Egger créait en Suisse romande un «laboratoire de la transition intérieure». Pour faire émerger des méditants-militants.

 

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Pourquoi avoir créé un tel laboratoire?

Michel Maxime Egger: - Nous sommes à un carrefour de l’histoire de l’humanité. Le système économique dominant, productiviste et consumériste, qui repose sur l’illusion d’une croissance matérielle et énergétique illimitée, arrive dans une impasse. Il se heurte aux limites de la planète comme de l’être humain. Et il ne suffit plus de réformer le système pour qu’il prenne davantage en compte des éléments sociaux et écologiques, comme le préconise le développement durable. Il faut aller au-delà et entreprendre une transition en profondeur, c’est-à-dire un véritable changement de paradigme.

Quelle sorte de changement?

– La transition s’exprime par l’émergence, sur toute la planète, d’alternatives que le film Demain illustre à merveille. Notamment dans les domaines de l’énergie, de l’éducation, de l’habitat, de l’agriculture urbaine, des monnaies complémentaires ou encore des écoquartiers. La transition a cependant aussi une dimension intérieure, souvent ignorée ou négligée. Comme le souligne le paysan et philosophe Pierre Rabhi, toutes ces initiatives sont nécessaires, mais si l’être humain n’évolue pas, ce sera un échec de plus.

Comment se manifeste cette transition intérieure?

– Cela commence par un questionnement radical, qui va à la racine des problèmes. Nous pouvons par exemple décider de consommer moins, bio et de manière équitable, d’utiliser davantage les transports publics et de composter nos déchets. L’expérience montre que ces écogestes ne prennent leur plénitude de sens et ne sont durables que s’ils sont enracinés dans l’être. Le consumérisme questionne notre idéal d’accomplissement humain. Que faisons-nous de notre puissance de désir? Comment la libérer de tous les mécanismes par lesquels le marché l’instrumentalise?

Protéger l’environnement ne suffit donc pas?

– Le véritable enjeu va bien au-delà. Il s’agit d’opérer une «révolution culturelle courageuse», pour reprendre la formule du pape François dans sa lettre encyclique Laudato si’.

Pourquoi donc Pain pour le prochain a-t-elle décidé de s’engager dans cette voie?

– Issue des Eglises protestantes, Pain pour le prochain est l’une des gran­des ONG suisses de développement. Elle soutient des programmes de développement au Sud selon deux grands axes: l’agroécologie et les nouveaux modèles économiques. Au Nord, elle fait du lobbying politique en étant par exemple très impliquée dans l’initiative pour des multinationales responsables. Elle mène chaque année avec son répondant catholique, l’Action de carême, une campagne de sensibilisation de la population aux enjeux Nord-Sud et à la promotion de modes de vie responsables. L’idée, toutefois, n’est pas de créer des projets d’énergie alternative ou d’agriculture urbaine qui existent déjà, mais de mettre l’accent sur les dimensions intérieures de la transition. Cela en puisant dans les racines spirituelles de Pain pour le prochain.

Quel sens donner au laboratoire que vous avez créé?

– Ce laboratoire propose une nouvelle manière de s’engager, celle du méditant-militant. Celui-ci se trouve à l’interface de deux mondes: les milieux d’Eglise, avec l’écospiritualité comme porte d’entrée, et la société civile, avec un accent sur l’écopsychologie. L’écospiritualité fait référence à une transcendance, à un mystère divin, alors que l’écopsychologie explore les interrelations entre la psyché humaine et la nature sans forcément s’ouvrir au sacré. Ce laboratoire est un lieu d’expérimentation qui, pour le moment, n’existe qu’en Suis­se romande.

Vous encouragez donc les liens entre les milieux d’Eglises et la société civile?

– La spiritualité peut agir comme un moteur de la transition et inversement, la transition peut servir de carburant pour un renouveau spirituel dans les Eglises. Le courant circule dans les deux sens.

Comment avez-vous procédé pour mettre sur pied ce laboratoire?

– J’ai mené jusqu’à présent plus de cinquante entretiens, une moitié dans les milieux d’Eglise, l’autre dans la société civile et le monde académique. Nombre de partenariats ont émergé, par exemple avec Pro Natura, l’aumônerie de l’EPFL, le centre socioculturel lausannois Pôle Sud ou encore les Jardiniers de la Création à Genève. Nous avons tissé des liens avec le Réseau Transition en Belgique francophone, déjà très avancé en matière de transition intérieure. Une membrane de collaboration est également en train de naître autour du laboratoire avec des personnes choisies pour leur proximité de cœur et d’esprit.

2017-42-13ADans les faits, comment se manifeste cette transition?

– De différentes manières. Au plan institutionnel, si nous voulons être crédibles comme organisation dans no­tre engagement pour la transition, nous devons revoir notre fonctionnement interne. C’est pourquoi Pain pour le prochain est en marche vers l’holacratie, une forme de gouvernance partagée fondée sur de nouveaux modes d’intelligence collective. Nous avons ainsi renoncé à nos cahiers des charges et travaillons par rôles. Les séances ne sont plus obligatoires. L’organisation gagne en agilité et chacun se voit confier davantage de responsabilités.

Quelles sont les principales activités du laboratoire?

– Il y a d’abord des activités de sensibilisation, avec notamment des tables rondes et conférences, la participation à des événements comme le G21, le Festival de la Terre ou Alternatiba Léman. Nous coorganisons un cycle de conférences et d’ateliers sur la transition intérieure à Lausanne qui démarrera en novembre avec des auteurs de renom comme Thomas d’Ansembourg, Antonella Verdiani et Pablo Servigne. Suite au succès de cette année, un nouveau week-end prolongé d’écospiritualité aura lieu début juin 2018 à l’Institut œcuménique de Bossey.

La formation, une activité essentielle?

– En effet. La formation vise – à travers des espaces d’expérience – à transformer notre imaginaire pour un nouveau monde possible, à développer nos ressources intérieures pour con­tribuer au changement de cap et aller vers plus de cohérence dans nos vies. Nous offrons par exemple des ateliers d’écopsychologie pour se reconnecter en profondeur à la Terre et «composter» des émotions très répandues aujourd’hui comme le découragement, la peur et l’impuissance, pour les transformer en énergie mobilisatrice. Nous participons à la mise sur pied d’une Petite école de la Terre au centre de Crêt-Bérard, dans le canton de Vaud: cinq jours de formation sur plusieurs mois pour nourrir un engagement écologique conséquent et ancré dans la spiritualité chrétienne. De ces activités devraient émerger des multiplicateurs, des personnes porteuses de la transition intérieure.

Recueilli par Philippe Le Bé

Pour plus d’informations: https://painpourleprochain.ch/transition-interieure/

Mise à jour le Mercredi, 18 Octobre 2017 13:22
 

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