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top news photography A 100 ans, la jeunesse campagnarde vaudoise pète la forme

Autour d’une tonnelle, centre de référence pour les soiffards de tous âges – les casquettes de bûcherons ou de rappeurs coudoient les chemisettes de fonctionnaires fédéraux –, un village a pris ses aises sur la plaine du Grémaudet. Un gros patelin d’irréductibles Vaudois sorti de l’imagination fertile et passionnée des jeunesses campagnardes. Une place de fête avenante, simple et ordonnée qui tient tout autant de l’œuvre artisanale de centaines de bras munis de bons CFC que de la vitrine tip top d’un magasin Hornbach. Des terrains de jeux pour activités sportives, de l’inévitable foot à la pétanque en passant par le frisbee, le tir à la corde et la lutte. Un camping qui doit être encore plus intéressant à visiter de nuit: quid du baby-boom neuf mois après Savigny? Faudra demander les stats au CHUV! Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 07 Novembre 2018 00:00

 

Clare O'Dea

«Les Suisses sont réservés, mais pas ennuyeux»

 

 

 

 

 

Irlandaise, mariée à un Suisse alémanique, maman de trois filles, établie à Fribourg, Clare O’Dea passe au crible dix images d’Epinal sur la Suisse. En ressort la vision d’un pays complexe qui ne se comprend pas en deux temps trois mouvements.


 

 

2018-45-12ASur les dix clichés que vous analysez, il y en a trois dont je n’ai jamais entendu parler: les Suisses sont suisses – une lapalissade dont je ne comprends pas le sens; les Suisses sont brillants; les Suisses sont sexistes. Intriguant... Pouvez-vous m’en dire plus?

Clare O’Dea: – Volontiers. Avec les mythes nationaux, on a souvent le choix. C’est le cas avec la Suisse! «Les Suisses sont suisses» m’a servi d’introduction. C’est une manière de rappeler aux Suisses quel pays ils forment: une nation unie grâce à sa diversité, avec la pluralité de ses cultures, de ses langues. Des Alémaniques, des Romands, des Tessinois, des Romanches également.


«Un pour tous, tous pour un»: la devise officielle de la Suisse, comme les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas! Cette unité va de pair avec la diversité.

– Exactement. La Suisse est un pays au cœur de l’Europe, à la croisée d’influences culturelles importantes, la germanophone, la francophone et l’italophone. Une Confédération-carrefour. Une Willensnation, une nation construite sur la base de sa volonté avec les contraintes de son environnement physique et politique.
La Suisse a toujours su tirer parti de sa situation géographique, a priori peu évidente. Elle est petite. Il y a le Jura et surtout les Alpes. Les cols ont joué un rôle dans son développement.
Ici, il y a toujours eu beaucoup de mouvement, d’échanges. La diversité de la Suisse est sa force, son opportunité. Outre une forte population étrangère (23,8%), la moitié des Suisses a au moins un grand-parent d’origine étrangère. Et ça fonctionne. C’est unique.

Quel lien avec le caractère supposé brillant de la Suisse?

– La Suisse est un succès.

Un succès?

– Oui. Institutions stables, fonctionnement très démocratique: la Suisse est prospère même s’il y a de la pauvreté, mais pas autant qu’ailleurs. Sans avoir de ressources naturelles ou s’être lancée dans des conquêtes impériales au 19e siècle, elle n’est pas du tout un modèle typique du Vieux Continent. Et pourtant, c’est la Confédération helvétique qui sait le mieux jouer de ses avantages!
Son économie est réactive. Elle s’adapte à la globalisation sans perdre trop de plumes, car elle est déjà mondialisée. Par nature et par nécessité, la Suisse est ouverte sur le monde. Elle compte beaucoup de scientifiques et un nombre de prix Nobel à rendre jalouses les grandes puissances. Ses écoles publiques sont de qualité. Avec plusieurs filières, la formation est essentielle. Grâce au système de l’apprentissage, on valorise tous les métiers. Les activités manuelles ne sont pas déconsidérées comme au Royaume-Uni. Les Suisses n’ont pas l’esprit de classe. Ici, la mobilité sociale est possible grâce à la formation. J’ai des amis qui vivent à Londres, c’est très différent...

En quoi est-ce différent?

– Ils ont déménagé deux fois dans le même quartier pour se rapprocher de la «meilleure» école publique. Ils ne parlent que de ça (soupir). En Suisse, au contraire, on sait que l’école publique sera de qualité partout. Cela change tout. Pour les parents. Et l’avenir de leurs enfants.

Cela fait beaucoup d’atouts. Mais sommes-nous à la hauteur sur tous les plans? Bien que plurilingue, la Suisse n’enfante pas des citoyens également capables de parler allemand, français et italien.

– Mais il y a toujours des Suisses qui maîtrisent très bien ces trois langues. Les autres se débrouillent, ils font avec en fonction de leur réalité. A Fribourg, je suis exposée au français et à l’allemand au quotidien. A Genève ou Lausanne, c’est une autre réalité. J’en ai un exemple personnel.

Dites-moi...

– Ma belle-mère a deux belles-filles. L’une espagnole. L’autre irlandaise. Mes beaux-parents ont fait l’effort d’apprendre l’espagnol et l’anglais. En Suisse, c’est envisageable. Pour faire plaisir. Parce qu’ils s’intéressent à nous. A Dublin ou à Londres, aucun beau-parent n’apprendrait la langue de sa belle-fille étrangère (rires)!

Passons au sexisme des Suisses. Qu’en est-il?

– Ce point concerne plutôt les retards que la Suisse politique a accumulés avant d’accepter les droits élémentaires des femmes. Le vote féminin au niveau fédéral date de 1971 – l’année de ma naissance. Quand j’ai appris ça, je n’y croyais pas! C’est très tard pour un pays riche et développé comme la Suisse... Il en a été de même pour le congé maternité.
Enfin, il y a encore des tensions dans la société quant à la répartition des tâches entre les hommes et les femmes. En revanche, si l’on parle de sexisme agressif, de violence masculine, de comportement machiste dans la rue, sur ce plan, la Suisse est, comment dire..., low-level.

De basse intensité.

– Yes (rires)!

Sommes-nous si neutres que ça?

– Oui. La neutralité donne beaucoup d’avantages. Elle permet d’être dans les coulisses du pouvoir, d’avoir une certaine influence sans exercer une domination problématique. La Suisse joue un rôle protecteur et de promotrice de la paix. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elle représentait les intérêts de 35 pays! Cela lui a permis de bien se positionner sur la scène internationale.

2018-45-13AOn est là au niveau diplomatique. Mais qu’en est-il de la neutralité au quotidien?

– Je vous donne un autre exemple concret. Un jour, dans une assemblée à laquelle j’assistais, la discussion est devenue vive. Trop! Il fallait que la pression redescende. Comment? Ce besoin est venu des participants eux-mêmes. Le mot Harmoniebedürftig a alors été évoqué. Et tout est rentré peu à peu dans l’ordre.

Le besoin d’harmonie...

– Voilà comment sont les Suisses. Ils ont besoin d’harmonie, de paix, de concorde. Ils savent que sans cela, tout peut très vite se casser. D’une certaine façon, la neutralité est un autre nom pour dire ce goût national du compromis.

Sommes-nous froids, comme nous le reprochent régulièrement les internationaux à Genève?

– A Fribourg, je vis une autre réalité. Je n’ai jamais ressenti ça. Peut-être parce que je suis irlandaise – les Suisses adorent les Irlandais (sourire)! J’ai toujours rencontré des réactions chaleureuses. Grâce à mon mari, j’ai tout de suite été en contact avec les locaux. Je ne suis pas partie de zéro.
La différence, pour les personnes qui travaillent dans des organisations internationales ou des entreprises multinationales, c’est qu’elles vivent sans connexion avec les locaux. Elles évoluent dans des milieux par définition internationaux, distincts de la réalité cantonale. Néanmoins, il faut reconnaître que les Suisses sont réservés.

A quel point?

– Ils sont réservés, ce qui est aussi un signe de politesse, mais pas ennuyeux. Les Suisses sont comme ces gens plus tranquilles que vous rencontrez dans une fête. Ce ne sont pas ceux qui font le plus de bruit ou se déchaînent sur la piste de danse. Sur ce point, les Irlandais sont bien plus Kontaktfreudig, ils ont le contact plus facile! Mais, quand vous prenez le temps de parler avec des Suisses, vous vous rendez compte que s’ils sont tranquilles, ils sont aussi plus intéressants que les autres participants à la fête.

Recueilli par Thibaut Kaeser

«Le Brexit est un problème pour l’Irlande»

2018-45-11AComment grandit-on dans le Dublin des années 1970?

– Je suis issue d’un milieu mixte linguistiquement et socialement. Ma mère est de la campagne, elle a grandi dans une maison irlandaise typique, une chaumière; elle m’a transmis le gaélique, ma langue maternelle. Mon père, anglophone, est d’un milieu mondain de Dublin. Comme bien des Irlandais, les frères et sœurs de mes grands-parents maternels ont émigré aux Etats-Unis et ceux de ma mère en Angleterre, notamment à Newcastle, une ville très «irlandaise» avec Liverpool. Je suis allée dans une école gaélique – il n’y en avait que quatre ou cinq dans la capitale, maintenant dix fois plus –, le bilinguisme m’est donc naturel. Comme à Fribourg, où je parle français et vis avec mon mari germanophone. C’est une force.

Et la guerre civile en Irlande du Nord?

– Nous étions sympathisants de la cause irlandaise, mais mes parents ne soutenaient pas l’IRA. Pacifistes, ils n’adhéraient pas au terrorisme. C’était un problème. Les nationalistes irlandais utilisaient beaucoup le gaélique et la culture traditionnelle pour se présenter comme de «vrais Irlandais». Parler gaélique pouvait signifier que vous étiez pro-IRA. Mais mes parents m’ont préservé de cela. Nous faisions la différence. La guerre civile en Ulster était dans l’air, pas loin de nous, pas trop près non plus. Tout ça nous rendait tristes...
Depuis le Good Friday Agreement, l’accord du Vendredi-saint, en 1998, tout a changé. Une nouvelle énergie s’est mise en place. La situation en Ulster s’est assagie. Et l’Eire s’est beaucoup développée. Elle a d’ailleurs bénéficié de l’aide de l’Union européenne, qui a joué un rôle dans la paix. On a parlé du «Tigre celtique» et ce n’est pas faux. Mais le Brexit nous plonge dans l’incertitude.

Le Brexit? Pourquoi?

– C’est notre plus gros problème géopolitique depuis l’accord de paix de 1998. La question de la frontière entre l’Eire et l’Irlande du Nord se pose à nouveau. La rendre invisible a permis de calmer les tensions en Ulster. La restaurer? Qu’adviendra-t-il?
Economiquement, l’Eire ne dépend plus du Royaume-Uni autant qu’autrefois. Appartenir à l’UE nous a permis de diversifier nos échanges. Pour autant, nous n’imaginons pas un futur sans l’Angleterre. Ce vote anglais du Brexit est celui d’un manque de réflexion, de respect, de considération. On dirait que Londres a oublié notre histoire commune. La situation entre l’Angleterre et l’Eire me fait penser à des parents divorcés qui auraient un enfant commun, l’Irlande du Nord. Avec le Brexit, je crains que l’enfant ne souffre à nouveau. Les parents aussi.

TK

Chassé-croisé

D’Irlande, quelles ont été vos premières idées sur la Suisse?

– Heidi qui court dans les prés. L’image idyllique de la Suisse alpine. Un pays beau et propre. Quand j’étais petite, c’était d’autant plus marquant qu’on ne voyait jamais de série doublée. En Irlande, on regarde beaucoup la TV anglaise: on suit ce qui se passe en Angleterre, politique, actualité, sport, people, etc., un peu comme les Romands connaissent bien mieux la réalité française que les Français ne s’intéressent à la Suisse. La série Heidi, de Tony Fladt, en 1978, m’a marqué. Je ne suis pas la seule Irlandaise dans ce cas! L’autre grand cliché, c’est le Suisse profiteur de guerre.

Vous parlez justement avec des nuances du rapport de la Suisse au nazisme et de son banquier sans scrupules...

– A nouveau, le cliché du Suisse profiteur de guerre nous vient d’Angleterre... Les Anglais sont obsédés par la guerre de 1939-1945. Il y a d’importantes raisons: l’horreur du conflit, l’implication du Royaume-Uni, le rôle de Churchill, «l’esprit du Blitz». Mais c’est aussi une manière de se donner le beau rôle sans regarder ce qui était moins reluisant ailleurs: les colonies, l’Inde, le Kenya, l’Irlande avec la Grande Famine au milieu du 19e siècle...
Il y a enfin le cliché colporté par Le Troisième homme d’Orson Welles: la Suisse n’aurait créé que le coucou. C’est faux, bien entendu! Giacometti, Meret Oppenheim, Hodler, etc.: la liste des artistes suisses est longue, mais souvent on ne sait plus qu’ils sont suisses, car ils se fondent dans l’espace culturel de leur langue...

De Suisse, on voit les Irlandais comme des bons vivants, des gens chaleureux, avec leurs supporters de foot qui chantent en chœur et leurs boxeurs vaillants qui ont du cœur. Vrai?

– Oui, mais après avoir consommé de l’alcool (rires).

Comment ça? Il faut en passer par la Guinness? C’est votre secret?

– (Rires) C’est vrai, nous sommes accueillants et fêtards. Mais nous buvons trop. Les Suisses boivent beaucoup, mais peu chaque fois, et souvent. A contrario, les Irlandais boivent trop, peu souvent et surtout le week-end; ils font du binge drinking.

In french, on dit: biture express. Autre préjugé sur les Irlandais: vous seriez de braves types, mais au fond un peu naïfs, voire simplets. Juste?

– C’est à nouveau un préjugé colporté par les Anglais. Au 19e siècle, ils nous ont fait passer pour des arriérés afin de justifier leur domination, leur prétendue supériorité morale.

Quels snobs!

– En Irlande, on valorise les saints & scholars. Les saints et les érudits. Le mouvement missionnaire qui a évangélisé le continent européen entre le 6e et le 9e siècle. La ville suisse de Saint-Gall doit son nom à un moine irlandais fameux! Et nous avons tant d’écrivains: James Joyce, Oscar Wilde, Bram Stoker, Samuel Beckett, Seán O’Faolain, Joseph O’Connor, etc. Quand un Irlandais reçoit le prix Nobel, ce n’est pas en physique, mais en littérature.
Alors je lève ma chope de Guinness!

Cheers! Sláinte! Prost! Santé!

TK


Mise à jour le Jeudi, 08 Novembre 2018 08:11
 

 

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