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top news photography Allaitement au sein pour tous à Genève

Un bébé qui tète le sein de sa mère aura un QI plus élevé, sera meilleur à l’école et gagnera mieux sa vie à l’âge adulte que son homologue qui n’a droit qu’au biberon. C’est en substance le contenu d’un tweet de l’UNICEF du 1er août dernier à l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement. L’OMS veut bannir les biberons, les féministes fustigent le retour de l’allaitement, les mamans font comme elles peuvent. Mais la querelle n’est pas neuve, montre une exposition genevoise. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 23 Mai 2013 00:00

 

 

Echecs

Vont-elles leur damer le pion?


Parmi les vingt meilleurs joueurs du monde: aucune femme. On les a trop longtemps bannies des clubs d’échecs, disent certains. D’autres, dont Alexandra Kosteniuk, l’une des meilleures joueuses du circuit, estiment les hommes plus résistants. Et donc, meilleurs. 

2013-20-15AEnfants, ils avaient déjà une mémoire hors du commun – à cinq ans, Magnus Carlsen récitait les noms de 400 villes de Norvège. Plus tard, ils ont été capables de battre un ordinateur, de vaincre des adversaires de haut niveau en «simultanée» et d’anticiper une série impressionnante de coups. «Considérés potentiellement 40’000 fois plus intelligents que Monsieur-tout-le-monde», à en croire le Times, Gary Kasparov, Bobby Fisher, Viswanathan Anand ou Magnus Carlsen font tous partie de l’élite mondiale des échecs. Autre caractéristique que partagent ces joueurs d’exception: aucun d’entre eux n’est une femme.

Chasse gardée

Pour Gilles Miralles, président de la Fédération genevoise d’échecs (FGE) et grand maître (grade le plus prestigieux) depuis plus de quinze ans, les femmes ne jouent pas moins bien aux échecs que les hommes. «L’enthousiasme est le même chez les garçons et les filles, on le voit bien quand on enseigne cet art aux jeunes dans les classes. En compétition mixte des moins de dix ans, le vice-champion suisse est une fille, et il y a d’autres exemples. Je ne crois pas qu’il existe de différence.»
L’explication, à l’entendre, est d’ordre social: ce sport ayant longtemps été réservé uniquement aux hommes, il faut un peu de temps pour rééquilibrer le mélange des genres. Les tournois exclusivement féminins, comme le Women’s Grand Prix Neva organisé récemment à Genève par la FIDE et la Fondation Neva n’a donc rien de sexiste. Au contraire, ils permettent aux joueuses les plus douées de se faire connaître et de progresser afin qu’un jour elles puissent atteindre un niveau suffisamment élevé pour rivaliser avec leurs collègues masculins. Car si sur un match tout est possible, sur le long terme c’est autre chose.

Force physique

Le classement mondial qui se calcule en points Elo le montre clairement: l’exception hongroise Judith Polgar mise à part – No 1 mondial chez les femmes depuis longtemps, elle a atteint en 2003 le 10e rang mondial tous sexes confondus –, aucune femme ne fait partie du «top 100» des meilleurs joueurs du monde. Et si les dames ne sont plus bannies des clubs, l’écrasante majorité demeure masculine.
La proportion d’hommes et de femmes pratiquant les échecs étant inégale au départ, la suprématie masculine n’a donc rien de surprenant. Sauf que l’ex-championne du monde russe Alexandra Kosteniuk (29 ans), de passage à Genève pour disputer le Women’s Grand Prix Neva comptant pour les qualifications au championnat du monde féminin de 2015, ne  partage pas cet avis. Grand maître féminin depuis qu’elle a quatorze ans, cette mère de famille mariée à un Suisse estime que les hommes disposent d’un avantage fondamental. «Il est presque impossible d’expliquer à un néophyte à quel point une partie d’échecs vous épuise physiquement et psychologiquement et à quel point la compétition est difficile au niveau mondial, raconte l’actuelle 20e joueuse du classement féminin. Même s’il s’agit d’un sport intellectuel, les échecs restent un sport. Ils requièrent de la force physique, intellectuelle et psychologique à la fois. Et les hommes ont la capacité de bien jouer pendant une plus longue durée que nous.»
«C’est de pouvoir faire de bonnes performances sur le long terme qui importe», renchérit une légende des échecs de l’époque soviétique, Nona Gaprindashvili, invitée à Genève par la fondation Neva. A en croire la première des femmes à avoir reçu le titre de grand maître international en 1978, «on sort très affaiblies d’un tournoi (celui de Genève a duré deux semaines); il faut de sacrées ressources pour récupérer et enchaîner les rencontres tout au long de l’année», poursuit-elle, insistant sur le fait que chaque partie dure plusieurs heures. «Et à ce niveau-là, nous avons malheureusement moins de marge que les hommes», conclut-elle.
Cela explique-t-il pourquoi Alexandra Kosteniuk peut terrasser n’importe qui en blitz (une partie «éclair» limitée à quelques minutes) ou lors d’un affrontement classique (partie de quatre à cinq heures), mais peine à s’imposer sur l’ensemble d’un tournoi masculin? Peut-être. Selon le président de la Fédération suisse des échecs et professeur en neurobiologie Adrian Siegen, «lorsqu’elles jouent aux échecs, les femmes utilisent les deux hémisphères du cerveau alors que les hommes se concentrent presque uniquement sur l’une d’elles. Est-ce un avantage? Je ne sais pas, mais c’est incontestablement une différence biologique».

2013-20-14ADur d’être professionnelle

«Quand j’ai commencé à jouer aux échecs à cinq ans, il n’y avait pas de filles dans les clubs. Aujourd’hui, tout a changé. Lorsque j’assiste à des tournois d’enfants (dès l’âge de six ans), je compte environ 40% de filles», souligne Alexandra Kosteniuk. Le hic, selon la championne, est qu’à l’adolescence de nombreuses filles abandonnent les échecs. Pourquoi? «C’est en partie un mystère. Je pense qu’elles ne voient pas vraiment de futur dans cette voie. C’est un métier passionnant, mais vous voyagez sans cesse et ne voyez pas souvent votre famille. En fonder une est d’ailleurs très compliqué.
Devenir joueuse professionnelle est plus difficile pour une mère de famille. C’est d’ailleurs le cas dans la plupart des métiers.»
Et les femmes? N’ont-elles pas un avantage sur leurs adversaires? «Maintenant, ils savent que nous pouvons jouer aussi bien qu’eux. Du coup, les champions se méfient. Nombre de grands maîtres redoutent de perdre contre nous, car leurs amis se moqueraient d’eux.» Judith Polgar – unique femme à ne se mesurer qu’à des hommes –, n’a «jamais gagné une partie contre un gars en bonne santé», dit-on en se référant aux nombreux joueurs d’échecs  matés par la Hongroise qui ne cessent de se chercher des excuses…
«Jouer contre une femme met une pression supplémentaire sur les hommes. Tant mieux pour nous», conclut Alexandra Kosteniuk. Le prodige Magnus Carlsen, champion du monde à 19 ans, en sait quelque chose, lui qui a piqué une crise de nerfs après s’être fait damer le pion par Alexandra lors d’une partie de blitz d’anthologie!

Cédric Reichenbach

Mise à jour le Jeudi, 23 Mai 2013 07:55
 

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