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Genève, samedi 28 octobre. Un délégué syndical achève son discours devant plus d’une centaine de manifestants et plusieurs grévistes. «Nous nous battons contre l’externalisation des EMS de Notre-Dame et de Plantamour», deux maisons de retraite situées à la rue de Lausanne, non loin de la gare, pour la première, et à la Rue Philippe-Plantamour, proche des bains des Pâquis, pour la seconde. Externalisation? Ce terme est utilisé lorsqu’une entreprise se sépare d’une activité réalisée jusque-là en interne pour la confier à une société extérieure. Le but? En général, faire des économies. Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Écrit par Administrator   
Jeudi, 16 Janvier 2014 00:00

 

 

JO de Sotchi

Les villes olympiques se ruinent depuis trente ans

Avec un coût cinq fois plus élevé que prévu, les JO de Sotchi sont déjà les plus chers de l’histoire. Aucune ville hôte ne respecte son budget depuis plus de trente ans. Le problème: les dépenses sont toujours sous-estimées.

2014-03-10BLorsque l’on prévoit un budget, on s’y tient. Surtout si l’on est un peu court. Une règle de base que les villes organisatrices des Jeux olympiques n’ont jamais suivie au cours des trente dernières années. Dernier exemple en date, le plus frappant de tous: les JO d’hiver de Sotchi qui auront lieu du 7 au 23 février. Selon le vice-Premier ministre russe Dmitri Kozak, la somme de 10 milliards de francs annoncée lors de la candidature de Sotchi en 2007 atteint actuellement... 46 milliards! A titre de comparaison, en août 2010, le budget équivalait déjà à celui des Jeux de Nagano (1998), Salt Lake City (2002) et Turin (2006) réunis.

Depuis Munich en 1972

Onze stades et stations de ski, deux villages olympiques, une patinoire ouverte sur la mer Noire – le tout dans une station balnéaire où l’on dit qu’il «ne neige jamais»... Une bagatelle en comparaison avec l’argent, en grande partie public, investi dans les infrastructures non sportives de la station balnéaire russe: archipel artificiel de 330 hectares, port capable de recevoir des cargos, métro aérien, aéroport et tunnel routier, bâtis en un temps record.

«Lorsqu’on observe les JO d’été depuis Munich (1972) et ceux d’hiver depuis Lake Placid (1980), explique l’économiste spécialisé en sport et professeur à la Sorbonne Wladimir Andreff (voir encadré page 13), on constate que les coûts prévus au départ sont toujours dépassés. Le plus souvent d’au moins 30%. Lake Placid, Calgary (1988), Albertville (1992), Salt Lake City (2002), Turin (2006) et Vancouver (2010): ces villes ont toutes doublé leurs dépenses entre le moment de la candidature et celui de la cérémonie d’ouverture. Lillehammer (1994) et Nagano (1998) s’en sortent mieux, mais dépassent tout de même le coût annoncé au départ.»

Dans un article intitulé «Pourquoi le coût des Jeux olympiques est-il toujours sous-estimé? La malédiction du vainqueur de l’enchère (1)», l’économiste du sport remonte à la racine du problème: le mode actuel d’attribution des JO par le Comité international olympique (CIO).

Incitées à tricher

«Tous les quatre ans, le CIO fait un appel à candidature qui s’apparente à un processus de mise aux enchères. Les membres du comité olympique peuvent voter pour le projet le plus mirobolant tout en se déchargeant des coûts sur la ville organisatrice, car ils n’assument pas le financement des infrastructures non sportives. Et, généralement, ils sélectionnent le plus coûteux», explique-t-il.

De plus, les villes surenchérissent, offrant des cérémonies olympiques et des infrastructures plus attractives les unes que les autres. «Mais pour éviter de détériorer la qualité de son dossier par un coût prohibitif, précise Wladimir Andreff, chaque ville est incitée à ‘tricher’ en sous-estimant sciemment les coûts et en surestimant les retombées positives attendues.»

De fait, en trente ans, pratiquement aucun bureau d’étude mandaté par une ville candidate n’a estimé que l’impact économique des Jeux pouvait être négatif. «Imaginez-vous annonçant au maire de Londres, qui vous a commandé une étude d’impact avant les JO 2012, qu’il vaut mieux tout arrêter pour cause de futur déficit. Impossible!», lance Wladimir Andreff. Qui connaît la chanson: avant les JO d’Alberville (1992), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et la région Rhône-Alpes l’avaient chargé, avec une quinzaine d’académiciens, de calculer l’impact des Jeux. «Ils avaient un doute. Toutes les études étaient très positives. Les Olympiades allaient être magnifiques et seraient payées sans problème. Notre recherche de 400 pages, en revanche, montrait que les JO seraient à coup sûr déficitaires. Nous avons été ignorés et j’ai personnellement été interdit de télévision.»

Faisant fi des coûts réels, la ville remportant l’organisation de l’évènement est donc perdante d’avance. Confirmant un phénomène connu des économistes comme la «malédiction du vainqueur de l’enchère» (winner’s curse): chaque fois qu’une enchère porte sur un objet dont la valeur exacte est inconnue mais est la même pour tous les candidats, le vainqueur est celui qui a le plus surestimé la valeur de l’objet.

Si c’est le cas, pourquoi ne fait-on pas face à une pénurie de candidats? «Cela s’est déjà produit, révèle Wladimir Andreff. Les Jeux d’été de 1984 ont été attribués à Los Angeles, seule et unique candidate à avoir répondu à l’appel d’offres lancé par le CIO. Ce sont les seuls Jeux à s’être achevés sur un bénéfice financier. Et surtout, dont les coûts prévus pour l’organisation n’ont pas été dépassés. C’est l’exception qui confirme la règle. La ville n’avait pris aucun engagement vis-à-vis du CIO quant aux coûts. C’est ce dernier qui a dû convaincre Los Angeles d’être candidate. N’ayant pas subi la surenchère de concurrents, la ville n’a pas succombé au winner’s curse.»

Détail intéressant, les JO furent accordés à Los Angeles juste après la révélation du désastre financier de Montréal (1976): un milliard de dollars de déficit que les Montréalais remboursèrent via une taxe sur le tabac... jusqu’en 2004! Pas étonnant donc qu’aucune ville n’ait présenté sa candidature pour l’édition suivante.

Le train d’Athènes

Cela signifie-t-il qu’aucune retombée positive n’est à espérer? «Bien sûr qu’il y en a. Athènes dispose toujours de son train de banlieue. A l’époque, quand je disais à l’étranger que je venais de Grenoble, les gens se souvenaient des Jeux d’hiver de 1968 douze ans après! Mais à long terme, les retombées positives sont plutôt minces. Un bilan avantages-coûts ne se calcule pas sur 7 ans, mais sur 25 ou 30 ans. Lorsque j’enseignais à l’Université de Grenoble, entre 1980 et 1990, j’ai moi-même payé des impôts locaux majorés pour rembourser la dette des JO. Les citoyens ont mis 24 ans à effacer l’ardoise.»

Dans ces conditions, difficile de comprendre pourquoi on se bat encore pour les Jeux. Y aurait-il désinformation? Complot du CIO? «Je parlerais plutôt d’un manque d’information ou de données imprécises. Aujourd’hui, le phénomène est mieux connu, mais beaucoup de temps est nécessaire pour calculer l’impact de tels évènements à long terme. Il a fallu des années pour comprendre que Séoul (1988) n’avait pas été une bonne opération.»

Ainsi Montréal fut vite oubliée. Après le succès de Los Angeles, le CIO annonça la bonne nouvelle: «les Jeux pouvaient payer les Jeux». Le bilan des éditions suivantes (Moscou en 1980 et Sarajevo en 1984) fut difficile à établir pour des raisons politiques et par manque de données. De plus, une fois les JO bouclés, ni les autorités locales ni le CIO n’ont intérêt à revenir sur le coût de l’opération. La course aux enchères a donc repris de plus belle.

Heureusement, des alternatives existent (voir ci-dessous). Et, dans les pays où les protestations sont permises, les citoyens n’hésitent plus à exprimer leur désaccord. Sous la pression du mouvement No Games Chicago (2), la municipalité de Chicago s’est ainsi vue forcée de retirer sa candidature pour les JO de 2016 malgré le soutien du couple Obama. En novembre, les habitants de Munich et le mouvement «NOlympia» ont massivement rejeté dans les urnes l’idée d’organiser les JO d’hiver en 2022. Dont les habitants des Grisons n’ont pas voulu non plus, comme l’a démontré le scrutin de mars 2013. Argument avancé par les opposants: «le projet risquait de créer un endettement que les générations futures devraient éponger».

Cédric Reichenbach

(1) Wladimir Andreff, The winner’s curse: why is the cost of mega sporting events so often underestimated? (International Handbook on the Economics of Mega Sporting Events, pages 37 à 69, 2012).

(2) Collectif, La coupe est pleine! Les désastres économiques et sociaux des grands événements sportifs (PubliCetim, 144 pages, 2013).

«Qu’on fasse les Jeux au même endroit»

2014-03-13AProfesseur émérite de la Sorbonne, Wladimir Andreff a participé à la création du Centre de droit et d’économie du sport à l’Université de Limoges. Français d’origine russe, il donne actuellement des cours dans la nouvelle Université de Sotchi. Cycliste, skieur et ancien footballeur professionnel (D2 française), Wladimir Andreff défend les Jeux olympiques au plan sportif. Pas au plan économique.

Que faire pour rendre l’organisation des Jeux viable?

– On pourrait organiser les JO au même endroit chaque année. Cela permettrait de diminuer drastiquement les coûts tout en évitant le phénomène de surenchère entre les villes candidates. L’élue connaîtrait certes des inconvénients (embouteillages, déforestation, pollution etc.), mais l’impact négatif global serait fortement diminué. En 1996, date du centenaire des JO, la Grèce a proposé cette solution avec Olympie. Les membres du CIO ont refusé. Les sponsors, chaînes télé, multinationales et autres groupes d’intérêt (transports, construction, etc.) auraient trop à perdre si les JO ne se déroulaient pas chaque fois à un endroit différent.

Vous avez une autre solution?

– La moins utopique reste celle de la rotation géographique, déjà en partie pratiquée par la FIFA depuis 2002 pour l’attribution de la Coupe du Monde. Définir des zones réduites permettrait qu’à chaque rotation une ou deux villes au plus puissent se porter candidates. Empêchant toute forme de surenchère, donc de sous-évaluation des coûts.

Mais il n’y pas que l’argent dans les Jeux, non?

– Certains économistes, voyant qu’il est impossible de démontrer que l’organisation des JO est viable dans les conditions actuelles, tentent de mettre en avant les bénéfices intangibles: fierté nationale, retombées médiatiques, réputation, etc. En ce qui me concerne, j’opterais pour des sondages au sein de la population; il faudrait poser clairement la question: «En plus de l’argent public à investir, seriez-vous prêts à payer de votre poche pour avoir les Jeux?». Ainsi personne ne se sentirait floué.

 

Mise à jour le Vendredi, 17 Janvier 2014 10:50
 

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