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Articles 2012 - A la Une
Écrit par Administrator   
Jeudi, 22 Mars 2012 00:00

 

 

Histoire

France-Algérie: les Etats-Unis ont soutenu l’OAS

Exclusif. Les Etats-Unis ont activement soutenu l’OAS (Organisation armée secrète) qui combattait de Gaulle. C’est ce qu’affirme un document secret déclassifié des archives fédérales. Une explication de l’inimitié du général de Gaulle envers Washington?

2012-12-15BLe 18 mars 1962, les accords d’Evian mettent fin à la guerre d’Algérie. Le cessez-le-feu proclamé le lendemain par le général de Gaulle ouvre la voie à l’indépendance de l’Algérie. Celle-ci est proclamée le 2 juillet au lendemain du référendum d’autodétermination voté massivement par le peuple algérien.

 

La Suisse a joué un rôle non négligeable dans cet épisode de l’histoire. Elle a facilité des contacts secrets entre la France et le FLN (Front de libération nationale, qui a mené la guerre d’indépendance des Algériens contre l’armée française) et aidé la tenue des négociations officielles qui se sont déroulées sur les bords du lac Léman et qui ont abouti aux accords d’Evian. Elle avait donc de bonnes raisons de suivre de près les évènements.


Le document exclusif que nous révélons ci-contre est une note confidentielle signée par le colonel Pierre Musy, le chef du service des renseignements suisse dans les années 1960. Accessible aux archives fédérales, son authenticité est attestée. Marc Perrenoud, conseiller scientifique pour les Documents diplomatiques suisses, nous le confirme: «Oui, ce document est authentique. Déclassifié, il est libre d’accès dans notre base de donnée en ligne» (www.dodis.ch/30363). Daté du 2 juillet 1962, soit le lendemain du référendum consacrant l’indépendance de l’Algérie, il révèle que les Etats-Unis ont activement soutenu l’OAS à cette époque troublée.

 

L’OAS

2012-12-14AQu’était l’OAS au printemps 1962? Créée à Madrid en février 1961 par quelques Français d’Algérie (dont Jean-Jacques Susini, 28 ans, leader des étudiants pieds noirs d’Alger), cette organisation politico-militaire secrète avait pour but de s’opposer au président de la République, le général de Gaulle. Ce dernier venait de voir, le 8 janvier, sa politique d’autodétermination pour l’Algérie approuvée en référendum par 75% des Français.
Quelques mois plus tard, la conjuration tente un coup de force. C’est le fameux putsch d’Alger du 22 avril
1961, mené par «un quarteron de généraux» – comme les désigna de Gaulle – qui prennent le pouvoir à Alger afin de garder l’Algérie française. Le coup d’Etat échoue et deux des quatre chefs militaires, les généraux Salan et Jouhaud, entrent dans la clandestinité alors que les deux autres se rendent.
Sur le terreau fertile des Français d’Algérie (près d’un million pour sept millions d’Algériens de souche), l’OAS prospère. Elle guerroie contre le FLN, ce que fait également l’armée française; mais l’OAS doit aussi s’opposer aux forces françaises loyales à de Gaulle qui la poursuivent. Cette guerre à trois belligérants entraîne l’Algérie dans le chaos. Le conflit connaît alors ses heures les plus meurtrières.
Mais l’histoire avance inexorablement. Au printemps 1962, les négociations engagées à Evian avec l’aide de la Suisse aboutissent aux accords qui conduiront bientôt à l’indépendance de l’Algérie. Sur place, les Européens quittent le pays par milliers, affaiblissant l’OAS dont les leaders, traqués par la police, sont arrêtés l’un après l’autre. C’est alors que se déroule à Alger un épisode peu connu: des négociations entre Jean-Jacques Susini, dirigeant de l’OAS à Alger, et son ennemi juré, le FLN.
Dans Confessions du No 2 de l’OAS, le livre-interview de Bertrand Le Gendre, Jean-Jacques Susini revendique la paternité de cette initiative: «Je me suis jeté dans la gueule du lion en sachant que je risquais ma vie pour sauver ce qui pouvait l’être encore». Sauver quoi? «Obtenir des garanties pour les Européens qui décideraient de rester en Algérie», dit-il.

 

«Appuyés par la CIA»

Le colonel Pierre Musy, qui précise que ses renseignements «proviennent de sources très sûres», estime quant à lui: «Il est très difficile d’admettre que ce rapprochement s’était fait sans intermédiaires (...). Depuis hier, nous savons enfin que ce sont les représentants des Etats-Unis à Alger, avant tout le Consul général américain de cette ville, qui sont intervenus (...) appuyés dans leur action par les agents secrets de la CIA et nantis de fonds secrets importants.»
L’auteur remonte ensuite dans le temps. Sans impliquer directement Washington, il affirme que les militaires rebelles étaient proches des Etats-Unis. Si proches que, au moment du putsch d’avril 1961, ces derniers mettent des moyens radio à leur disposition: «Le général Challe venait de quitter le commandement Centre-Europe de l’OTAN (ndlr: à Bruxelles, le colonel Musy a été attaché militaire à l’ambassade suisse), où il avait sûrement eu des contacts avec des agents de la CIA et on affirme même que Washington lui aurait promis son appui. En effet, il y eut des faits troublants, comme par exemple la présence à Alger de l’attaché militaire des USA à Paris et de son adjoint quelques heures avant l’arrivée du général Challe (...). En outre, il est notoire que le poste émetteur du Consulat général américain à Alger avait été employé pour la liaison Alger-Paris au moment du putsch.»

 

Les assurances du consul américain

Le putsch ayant raté et ses dirigeants étant entrés dans la clandestinité, les Etats-Unis ont suivi l’évolution de la situation en Algérie avec inquiétude. «Ils soutenaient depuis longtemps les velléités d’indépendance des pays africains, commente à Berne Marc Perrenoud. Mais en pleine Guerre froide, ils s’inquiétaient de voir l’influence grandissante de Moscou ou de Pékin en Afrique.»
Un an plus tard, l’indépendance de l’Algérie devient inéluctable. Pierre Musy poursuit: «Pressentant l’éclatement inévitable du FLN, Washington désirait réaliser les conditions pour que ce soit une tendance FLN modérée qui arrive au pouvoir (...). C’est donc Susini qui, du côté français, a été à Alger même l’élément capital de l’action. Nous savons qu’il réside depuis plusieurs semaines au Consulat général américain. Le consul lui avait du reste donné toutes les assurances pour son départ au cas où l’affaire ne réussirait pas. Fortement appuyé financièrement, Susini a eu les premiers contacts début juin (...)»

 

Accord conclu... sans suite

Les négociations se déroulent du 2 au 17 juin, lit-on dans OAS, histoire d’une organisation secrète, de Rémy Kauffer. Elles se concluent par un accord que le FLN annonce publiquement ainsi que l’OAS. Mais il reste sans suite. L’indépendance est là. Au sein du FLN, la tendance dure (le tandem Ben Bella-Boumediene) prend le pouvoir et en écarte les modérés. La manœuvre des Etats-Unis a échoué. L’Algérie indépendante prend ses distances avec Washington. Sur le continent africain, l’influence de Moscou s’étend. La Guerre froide se poursuit.
L’affirmation de Pierre Musy est-elle vérifiable? La proximité des Etats-Unis et de l’OAS est confirmée par Susini lui-même: récemment, il a confié à un journaliste français que les Américains ont bien aidé l’OAS dans ses négociations avec le FLN, tout en niant y être lui-même pour quelque chose. En 2008, il avait déjà déclaré (dans Le Point) que le général Salan avait un jour rencontré le chef de la CIA à Paris pour demander «50’000 armes destinées au combat de rue», demande restée sans suite. Proches mais pas fous, les Américains.
Les archives secrètes de l’Etat français pourraient probablement préciser l’ampleur du soutien de Washington à l’OAS. Mais celles-ci n’ont été que partiellement déclassifiées. Le seront-elles un jour complètement?

Alain Dupraz

 

A lire:
Bertrand Le Gendre, Confessions du No 2 de l’OAS, Les Arènes, 2012,
Rémi Kauffer, OAS, histoire d’une organisation secrète, Fayard, 1986.

www.dodis.ch/dds/1608



Neutralité active

La guerre d’Algérie a été une occasion pour la Suisse de mettre en œuvre la politique de neutralité active inaugurée par le conseiller fédéral Max Petitpierre.
Dans la revue Politorbis No 31, du Département fédéral des affaires étrangères, Marc Perrenoud évoque les gestes, connus et moins connus, de la Suisse avant et durant les négociations d’Evian. Ainsi, des fonctionnaires suisses organisent aux Rousses (Jura français) des contacts secrets entre dirigeants français et algériens. Ceux-ci ont lieu à plusieurs reprises en automne 1961; ils permettent bientôt d’ouvrir les négociations officielles.
L’action de la Suisse est l’objet de nombreux remerciements de la part des belligérants. Elle rejaillit très positivement sur notre pays dont l’image, en 1962, est excellente.

Mise à jour le Lundi, 26 Mars 2012 09:25
 

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