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top news photography Fernand Melgar à l'école des enfants imparfaits

Albiana est trisomique, Léon autiste, Kenza ne peut pas se tenir droite: tout ce beau monde fait sa rentrée scolaire sous la caméra de Fernand Melgar. Le documentaire A l’école des philosophes est une ode à la vie quand elle prend des chemins de traverse. Il arrive à la terrasse du café derrière des lunettes de soleil. «Je ne me prends pas pour une star; c’est juste que j’ai dû mettre des gouttes dans les yeux», assure Fernand Melgar. Le cinéaste vaudois s’excuse d’ailleurs pour ses cinq minutes de retard. Habitué des polémiques, l’auteur de Vol spécial et du psychodrame autour du deal de rue à Lausanne ce printemps parle de son dernier film, A l’école des philosophes. Un documentaire sur une classe de cinq enfants «différents» atteints de handicap mental à Yverdon: un sujet a priori moins coup-de-poing. A priori. Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Jeudi, 20 Février 2014 00:00

 

Portrait

 

«J’ai écrit pour offrir une tombe à ma mère»

 

 

A 32 ans, le Valaisan Virgile Elias Gehrig a déjà publié trois livres aux Editions L’Age d’Homme. Pas du tout Venise ressort en poche dans une version entièrement remaniée. Rencontre avec un surdoué aux multiples facettes.

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«Virgile? Le gars qui prend son renversé en pianotant sur son ordinateur? Oui, on le connaît bien», assure la serveuse du Café du Nord, en haut de la vieille ville de Sion. Il est 10 heures 20 du matin et Virgile Elias Gehrig est en retard.

«Il est discret. Et très gentil. Même si sa manière parfois distinguée de parler le rend un peu bizarre», reprend la sommelière. «Pas plus que les autres», glisse un homme en reposant sa bière sur le bar. La porte s’ouvre. Mocassins bas de gamme, pantalons noirs légèrement froissés et veston bleu-gris défraîchi, Virgile Elias Gehrig pénètre dans le café. Le pas pressé, mais élégant. «Désolé pour le retard. J’ai dû passer chez le couturier. La poche de ma veste s’est prise dans une poignée de porte et...» Le jeune écrivain valaisan n’a pas volé sa réputation d’artiste rêveur un brin... décousu.

Deuil et soif de vivre

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Repéré par les exigeantes éditions L’Age d’Homme, Virgile a publié son premier ouvrage à 27 ans. La disparition tragique de sa mère, née Gehrig, lui inspire Pas du tout Venise, un roman autobiographique vendu à plus d’un millier d’exemplaires et dont l’édition est rapidement épuisée. Totalement réécrit par son auteur, l’ouvrage a remporté en septembre 2013 le Prix de littérature de la Fondation Henri et Marcelle Gaspoz – créée en hommage à Rainer Maria Rilke. Une version poche sort à L’Age d’Homme début mars. «J’avais eu très peu de temps pour terminer le livre. D’où l’envie de réécrire la fin. Mais comme tout était imbriqué, j’ai dû reprendre l’ensemble du texte.»

Le manuscrit de son premier ouvrage, Virgile l’a envoyé à 70 maisons d’édition. Aucune réponse excepté celle de L’Age d’Homme. «Mon petit frère (la famille compte quatre frères et sœurs), avec qui je vivais à l’époque, a ouvert le courrier et m’a annoncé la bonne nouvelle par téléphone. C’était le jour de Noël. Et ce n’était pas une blague», dit-il en souriant.

Pour Virgile Elias Gehrig, mettre le monde en mots, c’est un peu l’apprivoiser. Pas du tout Venise lui a permis «d’aménager une tombe» pour sa maman décédée alors qu’il n’avait que 16 ans et demi. Un événement «triste à mourir», certes. Mais qui lui a donné «une soif de vivre folle». Le poussant à «admirer le tableau malgré l’ombre qui s’y glisse parfois». Si tout peut s’arrêter de manière si abrupte et absurde, alors mieux vaut «ne pas perdre son temps et se concentrer sur l’essentiel». Son père, dont le goût pour l’écriture et la musique (George Brassens!) a imprégné l’enfance de Virgile, ne se remettra jamais de la perte de son épouse.

Professeur à plein temps dans une école privée de Sion depuis quatre ans, Virgile aime enseigner. Une activité parfois difficile à concilier avec le métier d’écrivain. «C’est un marathon. Je profite des vacances et des week-ends. Et je dors rarement avant une heure du matin.»

Son premier roman, il l’a écrit en deux ans. Avant d’enchaîner avec un recueil d’aphorismes et une série de poèmes publiés en 2009 et 2010 (voir encadré). Des textes qu’une partie de son entourage avoue ne pas comprendre. «Une amie me taquine parfois avec ça. Elle voudrait ‘quelque chose de plus simple. Plus réaliste’, explique le poète. Mais je ne peux pas choisir ce que j’écris ni ce que je suis.» Virgile – mieux vaut ne pas rater sa carrière d’écrivain avec un nom pareil – songe à une histoire plus concrète pour son prochain ouvrage. Tout en étant conscient qu’il peut vite retomber dans ses «travers».

Un original surdoué

Ni arrogance ni fausse modestie chez ce jeune homme affable. «Maths, français, sport, j’aimais toutes les branches enseignées au collège.» Ce qui s’est traduit par des notes très élevées dans tous les domaines. Nombre de ses anciens camarades se souviennent de lui comme d’un original, d’un marginal débraillé plutôt que d’un premier de classe. «Il y avait beaucoup de provocation dans mon attitude à l’époque. Je me rendais aux cours avec un sac en plastique en guise de cartable. Je n’avais jamais de trousse. D’un autre côté, je faisais toujours mes devoirs...» Ceux qui ont fréquenté les terrains du FC Sion il y a une quinzaine d’années ne peuvent pas non plus avoir oublié Virgile. Là encore, le jeune Valaisan sortait du lot. Tirait-il ses mouvements coordonnés des cours de danse classique suivis entre 6 et 17 ans? Toujours est-il que ses entraîneurs et coéquipiers se souviennent de sa technique hors normes et de son jeu très créatif. «Je m’amusais beaucoup en jouant au football. Comme pour l’écriture, plus tu affines tes instruments, plus tu as de plaisir dans ta pratique. Je ne rechignais donc pas à m’entraîner.» A 18 ans, les portes du centre de formation du FC Sion se sont même ouvertes à lui. «J’ai décliné l’offre sans vraiment savoir pourquoi.» Des regrets? «Peut-être celui de ne pas savoir jusqu’où je serais allé.» Peu importe, grâce à sa plume, Virgile est désormais capable d’«incarner des rôles qu’une seule vie ne permettrait pas de vivre».

Cédric Reichenbach

En quelques dates

Naissance à Sion en 1981. Sa mère, «Lottie» Gehrig, meurt lorsqu’il a presque 17 ans.

L’un de ses recueils de poèmes reçoit le «Coup de cœur» 2001 du Prix international des jeunes auteurs (PIJA).

En 2008, il publie son premier roman, Pas du tout Venise, à L’Age d’Homme. Puis, chez le même éditeur, Soifs et vertiges, un bouquet d’aphorismes et de pensées (2009), et Par la serrure du jour, un recueil de poésie (2010). La même année, il obtient sa licence en littérature antique, philosophie et littérature française à Fribourg.

Pas du tout Venise, primé l’an dernier par la Fondation Gaspoz, sort en poche à L’Age d’Homme début mars.

 

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