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Articles 2015 - Edito
Jeudi, 16 Juillet 2015 00:00
 

Edito: Le coup de bol

patrice6Les cassures peuvent être une chance. En ces jours qui semblent hésiter entre la mort et le sauvetage des Grecs et le farniente au soleil, je tombe sur un article qui parle d’un art japonais méconnu, le kintsugi. Littéralement «la jointure en or».

Imaginez que vous cassez un vase précieux en porcelaine de Chine: ne reste plus qu’à s’arracher les cheveux et à sortir la poubelle. D’après la légende, ce fut la mésaventure vécue par un noble japonais au 15e siècle. Celui-ci décida pourtant d’envoyer son bol de thé en Chine pour le faire réparer. A l’époque, le made in China avait une autre valeur.
Un artisan eut l’idée de coller les morceaux cassés avec une résine laquée mélangée à de la poudre d’or: loin d’être camouflées, les lignes de fracture étaient magnifiées, dessinant des veines dorées dans la porcelaine. Le seigneur japonais avait entre les mains un nouvel objet, plus précieux que le précédent car incomparablement unique. Le coup de bol, quoi. L’art du kintsugi était né. Il passionne les collectionneurs au point que certains les soupçonnent de casser des vases précieux juste pour le plaisir de les recoller. Mais là n’est pas le plus intéressant.
Une réparation, donc une imperfection apparente, peut conduire à une perfection plus grande: les philosophes et les psychologues ont vite compris les enseignements qu’ils pouvaient en tirer. Face aux cassures de la vie, qu’il s’agisse de nos amours mal- heureuses, des échecs professionnels ou des pépins de santé, la tentation est grande de tout jeter à la poubelle, les autres et nous-mêmes. Mais le kintsugi nous dit que les morceaux peuvent être recollés. Même plus, ce sont justement les cicatrices qui ont de la valeur, car elles composent une personnalité plus riche et plus belle. Unique.
Chacun y retrouvera quelque chose de son expérience, je pense. Ce n’est pas le capital de départ, mais les réparations qui font ce que nous sommes. Et c’est pourquoi les crises – qui nous font si peur – peuvent être une chance.


La tentation est grande de tout jeter à la poubelle.


Dans une de ses chansons, Anthem, le vieux Leonard Cohen chante: «Oubliez votre don parfait. Dans chaque chose, il y a une fêlure, mais c’est par là que la lumière passe»*. Il n’insiste pas sur les dorures, mais l’idée est semblable: les cassures et les blessures ne collent pas à notre idéal de perfection et nous voulons toujours les éviter. Mais la lumière, donc le salut, vient justement des trous dans l’armure.

De quoi jeter un coup d’œil positif sur nos petites misères (qui sont parfois grandes) et celles du monde, et nous laisser toucher par le soleil. Mais n’oubliez pas la crème solaire!*Forget your perfect offering/there is a crack in everything/that’s how the light gets in. Dans l’album Future de 1992.

Mise à jour le Jeudi, 16 Juillet 2015 07:20
 

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