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top news photography Jean-Pierre Denis, directeur du journal "La Vie"

L’Eglise va mal. Raison de plus pour que les chrétiens osent dire en quoi ils croient, affirme le journaliste français Jean-Pierre Denis, directeur de La Vie, dans son dernier livre, Un catholique s’est échappé. Sur la coque de son téléphone portable, on lit Jesus loves you. Associer ce message à Jean-Pierre Denis, qui a tout de l’intellectuel parisien avec sa barbe courte et ses lunettes rondes, a quelque chose de comique. «C’est une coque qui m’a été offerte, se justifie-t-il. L’autre jour, dans le métro, ça m’a donné l’occasion de parler avec une jeune femme noire chanteuse de gospel. C’est une porte ouverte à la conversation», affirme le rédacteur en chef de l’hebdomadaire catholique La Vie. Tout à fait dans la ligne de son dernier livre, Un catholique s’est échappé*, dans lequel il plaide pour un christianisme sans rouge au front. Pour en savoir plus...
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Articles 2015 - A la Une
Jeudi, 22 Janvier 2015 00:00

Adultère

 

Souvent, la femme infidèle est une gentille fille

 

Les hommes, plus infidèles que les femmes? La sexologue Thérèse Hargot est témoin de nombreux cas d’infidélité féminine. Et les épouses adultères ne sont pas les plus sulfureuses.

2015-04-23ADans sa consultation parisienne, où elle reçoit de nombreux couples catholiques, la sexologue Thérèse Hargot, non croyante, s’efforce de construire «un discours nouveau sur l’amour, la sexualité et la fécondité adapté aux besoins et aux défis de sa génération», comme l’annonce son blog, Chronique philosophique d’une sexologue*. A 30 ans, cette mère de trois enfants de formation philosophique, ancienne animatrice radio, travaille autant avec les adolescents du prestigieux Collège Stanislas à Paris qu’avec des couples déchirés par l’adultère. Elle était l’invitée du week-end Nicolas et Dorothée de Flüe à Saint-Maurice fin novembre.

Dans votre cabinet, vous voyez de nombreux cas d’infidélité féminine?

Thérèse Hargot: – C’est même l’une des raisons de consultation les plus fréquentes. Non que les femmes soient plus infidèles que les hommes; mais quand ce sont elles qui trompent, l’issue est plus fatale pour le couple. Un homme qui a une aventure sexuelle avec quelqu’un d’autre ne va pas forcément quitter son épouse. Mais quand une femme ressent un nouvel amour, elle remet profondément en cause sa relation avec son mari.

L’infidélité féminine est-elle plus répandue aujourd’hui?

– Je suis trop jeune pour le dire. Mais ce qui est certain, c’est que les couples actuels sont essentiellement fondés sur le sentiment amoureux. A la question: «Pourquoi tu te maries?», la réponse est: «Parce qu’on s’aime». Autrement dit: «Parce qu’on est amoureux». On voit l’amour comme un état de bien-être avec l’autre dans une vision plutôt statique. Si cet état cesse, le couple cesse aussi. Eprouver des sentiments pour un autre a toujours existé, avoir une relation extra-conjugale aussi. Ce qui a changé, c’est qu’une fois que les hommes et les femmes en font l’expérience, ils se séparent.

Quelle est la cause d’infidélité la plus répandue?

– Etrangement, la plupart des personnes infidèles sont profondément gentilles; elles ne veulent pas faire de mal à leur conjoint. Ainsi, elles préfèrent accumuler les petits mensonges plutôt que de dire: «Il y a telle et telle chose qui ne vont pas, qui ne m’attirent pas chez toi». La cause n’est pas d’abord l’insatisfaction, qui existe dans tous les couples: c’est d’abord un manque de vérité, une incapacité à exprimer ce qu’on vit intérieurement et à le faire de manière constructive.

On trompe par gentillesse?

– En quelque sorte, car on se dit qu’il serait méchant de remettre l’autre en question, de lui dire que sur tel point il ne provoque plus notre admiration. On pense qu’on ne peut pas le changer et on renonce à le tirer vers le haut, à exiger le meilleur de lui. Si je découvre un jour des choses qui m’embêtent chez mon conjoint, au lieu de lui demander de débloquer en lui ce qui l’empêche d’être aimable, je vais combler mon manque en allant voir ailleurs. C’est ce qu’il y a de profondément pervers dans l’infidélité: on provoque une douleur inouïe chez son conjoint alors que c’est précisément ce qu’on voulait éviter. C’est le paradoxe du gentil.

Qu’est-ce que ces femmes ne trouvent plus chez leur mari?

– La virilité. Il y a des maris qui sont très peu hommes, qui n’ont pas confiance en eux, qui ne laissent pas s’exprimer une certaine force, une certaine énergie, qui ne s’affirment pas. Notre société valorise aujourd’hui les qualités féminines comme l’empathie ou l’écoute. Les hommes ont peu de lieux pour être confirmés dans leur virilité, reconnus dans leur masculinité; le problème, c’est qu’aucune femme ne désire amoureusement et sexuellement un homme qui ne dégage pas une certaine assurance.

Faut-il revenir au machisme?

– Absolument pas. Le macho est quelqu’un qui n’a profondément pas confiance en lui et qui a besoin d’écraser l’autre pour se sentir exister. Il faut des hommes qui sachent qui ils sont, qui osent aller de l’avant et qui sachent exprimer leur désir sainement. Je travaille régulièrement avec des adolescents dans un lycée de Paris: les accompagner pour qu’ils deviennent des hommes et des femmes est le grand chantier éducatif qui nous attend. C’est important qu’il y ait des étapes qui fassent qu’un jour ils se sentent adultes. Malheureusement, il n’existe plus de rites initiatiques, de passage de l’enfance à l’âge adulte où l’adolescent est confirmé par la société comme homme ou comme femme. Cela donne des adolescences qui s’éternisent et des hommes de 30, 35 ans ou plus qui ne savent toujours pas ce qu’ils veulent faire dans la vie. C’est aussi ça, la crise de la masculinité.

Est-il possible de développer sa masculinité dans le mariage?

– Oui. Si une femme dit à son mari: «J’ai moins de désir pour toi», voire: «Je me sens attirée par un collègue», il ne faut pas qu’il lui réponde simplement: «Je comprends, ma chérie, ça arrive à tout le monde»! Ce doit être une invitation à voir ce qui empêche le désir, une provocation à débloquer ce qui est encore coincé chez lui. Sa femme doit lui faire comprendre: «Pourquoi n’as-tu pas plus confiance face à telle situation? Pourquoi ne développes-tu pas plus de projets? Pourquoi n’es-tu pas plus musclé?», etc. Les femmes doivent jouer ce rôle auprès des hommes: les enfanter à leur masculinité, les provoquer pour qu’ils deviennent davantage eux-mêmes.

Et vice-versa?

– Les hommes aussi doivent rendre leurs femmes plus femmes. Ils doivent comprendre qu’une gentille épouse peut être une bonne mère, mais que si elle a peu de désir sexuel et amoureux, elle n’a pas encore développé toute sa féminité. Il doivent être alertés, car ce n’est pas normal. Souvent, les femmes infidèles ont renoncé pendant des années à ressentir du désir pour leur mari. Elles se disaient: «Ce n’est pas si grave, je dois avoir un problème et finalement, on peut bien vivre sans ça».
Et un beau jour, à la faveur d’une rencontre, elles réalisent qu’elles sont capables de désir, de beaucoup de plaisir aussi, et c’est une révélation. Elles ne veulent plus s’en passer. Ce ne sont pas du tout des femmes sulfureuses! Celles dont je vous parle sont souvent de gentilles épouses bonnes catholiques.

Un homme trompe-t-il sa femme pour les mêmes raisons?

– Chez l’homme, c’est plus diversifié. On a tendance à dire que l’infidèle est insatisfait sexuellement. C’est vrai, mais c’est surtout qu’il a renoncé à débloquer ce qui coince encore chez son épouse. Il a tenté deux ou trois propositions, elle a dit non, alors il va voir ailleurs. L’infidélité, c’est renoncer à son rôle d’époux ou d’épouse qui est d’accompagner la croissance de l’autre.

Peut-on sauver un couple infidèle?

– C’est possible. Mais c’est dur, car la blessure de l’infidélité est très forte. Ça dépend du bagage humain et religieux de chacun. Mais quand on a déjà passé à l’acte ou même à la déclaration d’amour, surtout pour une femme, la situation est très compromise. La plupart des femmes infidèles quittent leur conjoint: elles ont un caractère plus absolu, le couple est donc plus menacé. Les hommes ont en général moins de problèmes à rester avec leur épouse. Ils ont plus peur de sortir du mariage et garderaient volontiers le beurre et l’argent du beurre. Le divorce est demandé par des femmes trois fois sur quatre! Mon drame, c’est que je vois les couples en fin de course, quand tout a été vécu. Ce n’est pas là qu’on sauve le couple, mais en amont.

Recueilli par Christine Mo Costabella

* theresehargot.com

Mise à jour le Jeudi, 22 Janvier 2015 10:22
 

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