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Articles 2016 - A la Une
Mercredi, 26 Octobre 2016 00:00

Ecologie

Les insectes ne savent pas qu'ils vont mourir

Les abeilles ne sont pas les seules à décliner. Depuis les années 1990, le nombre d’insectes sur la planète s’est drastiquement réduit. S’ils venaient à disparaître, tout l’équilibre terrestre serait chamboulé.

2016-43-11AQuand nous partions en vacances dans les années 1980 et 1990, mes parents profitaient régulièrement des arrêts dans les stations-service pour nettoyer le pare-brise de la voiture avec l’eau savonneuse et la raclette à vitres mises à disposition. Ces dernières années, même après mille kilomètres sur les autoroutes allemandes, un petit coup d’essuie-glace suffit. Le pare-brise et le pare-chocs ne sont plus, comme autrefois, recouverts de mouches, moustiques et autres membres de l’entomofaune.
Les chercheurs font le même constat. Chaque printemps depuis 1989, des entomologistes installent des pièges à insectes dans des prés de l’ouest de l’Allemagne. Ces pièges en forme de tente restent sur place tout l’été. Ils permettent d’évaluer combien d’insectes vivent dans la région. En 1989, chaque piège attrapait en moyenne 1,6 kilo d’insectes par été. En 2014, ils n’en piégeaient plus que 300 grammes chacun. Ce déclin concerne toutes les espèces.

Plus de bambous en chine

La disparition des insectes ne se limite pas à l’Allemagne. Différentes études montrent qu’il s’agit d’un phénomène global. Selon les estimations, les populations d’invertébrés sur terre auraient diminué de 45% en quarante ans. Ce déclin silencieux alarme les spécialistes, mais reste assez largement ignoré du grand public et des politiques. Dans son livre A Buzz in the Meadows («Un bourdonnement dans les prés»), le biologiste anglais Dave Goulson dénonce le manque d’intérêt pour cette question. Selon lui, l’extinction des pandas signifierait «un peu plus de bambous dans les forêts de Chine». Mais si les insectes disparaissaient, nous serions confrontés à un «cataclysme global», explique-t-il, citant pour appuyer son point de vue le grand spécialiste des fourmis E.O. Wilson: «Si tous les humains venaient à disparaître, le monde se régénérerait jusqu’au riche état d’équilibre qui régnait il y a dix mille ans. Si les insectes devaient disparaître, l’environnement s’effondrerait dans le chaos».
On s’inquiète à raison du déclin des abeilles, or celui-ci est symptomatique d’un problème beaucoup plus large. «La disparition des abeilles domestiques n’est que la partie la plus visible d’un phénomène généralisé dans l’Europe occidentale. Le récent et brutal effondrement des populations d’insectes est le prélude à une perte massive de biodiversité, avec des conséquences dramatiques pour les écosystèmes naturels, l’environnement humain et la santé publique», prévient une équipe internationale d’entomologistes et d’ornithologues présidée par le fondateur du Papiliorama, M.B. van Lexmond, dans un article paru en 2015.
Les fonctions que remplissent les insectes dans les écosystèmes ne sont pas encore toutes connues. Mais une chose est sûre: un grand nombre d’entre eux, et pas seulement les abeilles, rendent un service inestimable en pollinisant les plantes. Les insectes pollinisateurs améliorent la production de trois quarts de nos cultures. En 2005, on estimait la production agricole annuelle réalisée grâce à leur aide à plus de 200 milliards de francs. Et la plupart des plantes à fleurs sauvages de nos régions ont besoin, elles aussi, d’être pollinisées pour développer leurs fruits et leurs graines.
En outre, le nombre d’insectes disponibles influence directement celui des chauves-souris, des batraciens et des oiseaux qui s’en nourrissent. Ainsi les sévères réductions des populations d’oiseaux observées depuis les années 1980 en Europe comme aux Etats-Unis et en Asie pourraient être liées au déclin des insectes. Même une espèce aussi adaptable que le moineau a diminué de plus de 40% dans certaines régions de Suisse.

Nulle part où aller

2016-43-10APour Anne Freitag, conservatrice du musée cantonal de zoologie de Lausanne, les causes de la raréfaction des insectes sont multiples. «Les papillons de jour, par exemple, souffrent essentiellement d’une perte de diversité des plantes hôtes des chenilles. Car les chenilles ont souvent un régime alimentaire spécialisé et ne peuvent pas se nourrir sur n’importe quelle plante», explique-t-elle. L’engraissement des prairies et l’augmentation du nombre de fauches annuelles pour augmenter la production conduisent à une perte de diversité des plantes, donc à une disparition des papillons.
«C’est le même problème pour les très nombreuses abeilles sauvages qui dépendent d’une diversité de plantes et de fleurs pour leur développement. Les criquets et les sauterelles sont également victimes de l’intensification des pratiques agricoles qui modifie profondément leurs habitats. D’une façon générale, la perte des habitats – haies, bosquets, lisières, talus fleuris, prairies maigres, milieux humides temporaires, bois mort, vieux murs – cause la disparition d’une foule d’insectes spécialisés qui ne trouvent plus ni nourriture ni milieu de vie pour s’installer. Finalement, l’usage des pesticides et autres traitements phytosanitaires a également un effet négatif sur les insectes en général.»
Ce dernier point est repris par le groupe de travail présidé par M.B. van Lexmond. Ces spécialistes observent un appauvrissement général de l’environnement depuis les années 1950. Cependant, tous s’accordent pour affirmer que le déclin des insectes s’est accéléré depuis les années 1990. Cela concorde, constatent-ils, avec l’apparition de la classe de pesticides appelées néonicotinoïdes, qui sont rapidement devenus les pesticides les plus utilisés dans le monde. Or, les néonicotinoïdes sont très toxiques et ils ne sont que faiblement biodégradables. Ils s’infiltrent dans la terre et l’eau et finissent par atteindre des populations d’êtres vivants qui n’étaient pas ciblées au départ, notamment les insectes butineurs, les oiseaux et les organismes aquatiques.
Parce qu’ils se mêlent à d’autres facteurs et agissent sur le long terme, le rôle des néonicotinoïdes dans la disparition des insectes est difficile à prouver. Mais de plus en plus d’études réalisées ces dernières années tendent à leur attribuer une part de responsabilité. A tel point que, suite aux plaintes des apiculteurs, l’Union européenne et la Suisse ont interdit certains de ces produits, mais pas tous.

Une agriculture nouvelle

Pour renverser la situation, il faudrait repenser nos systèmes de production agricole, écrit Dave Goulson dans le périodique Nature. «La plupart des investissements dans la recherche agronomique proviennent de l’industrie et tendent à se concentrer sur l’augmentation des récoltes. Mais nous produisons déjà suffisamment de nourriture pour nourrir la population de 9 milliards d’humains prévue pour 2050. Nous en gaspillons simplement une immense partie. Nous avons besoin d’investissements dans la recherche et le soutien aux systèmes agricoles durables avec peu d’intrants – des systèmes qui préservent le sol et minimisent l’effet sur les animaux sauvages comme les abeilles. Il est peu probable que l’industrie investisse dans des méthodes qui réduisent les intrants puisque la plus grande partie de leur chiffre d’affaires provient de la vente de ces produits. C’est aux gouvernements d’intervenir dans cette situation.»
Cependant, la recherche privée peut aussi amener des solutions. L’an dernier, la firme belge Fytofend mettait sur le marché un biopesticide. Basé sur le même principe qu’un vaccin, ce produit stimule les défenses naturelles des plantes, qui luttent alors mieux contre leurs agresseurs. Pour Anne Freitag, «les solutions sont, au moins en partie, dans une agriculture plus extensive et le maintien d’une grande diversité de milieux. Car la diversité des habitats va de pair avec la diversité des insectes. Il faut accepter de laisser un peu de ‘désordre’ dans la nature, car ce sont ces micro-habitats qui sont indispensables aux insectes».
Et, note-t-elle, les particuliers ont eux aussi un rôle à jouer: «Chacun peut agir en demandant à sa commune plus de verdure, et une verdure ‘sauvage’, naturelle. Les haies de thuyas et les gazons stériles sont autant de déserts entomologiques. L’agriculture fait de nombreux efforts pour réduire l’utilisation de pesticides, mais ces efforts doivent être poursuivis. Et les particuliers qui utilisent des produits phytosanitaires dans leurs jardins devraient aussi prendre conscience qu’ils jouent un rôle important en matière d’atteinte à la biodiversité».

Aude Pidoux

 


Pour en apprendre plus sur la santé des insectes en Suisse: Centre suisse
de cartographie de la faune (CSCF): http://www.cscf.ch

L’autoroute de la mort

2016-43-13AAu Canada, une équipe de chercheurs menée par le professeur James Baxter-Gilbert s’est intéressée à l’effet des routes sur la mortalité des insectes. Pendant deux étés, ils se sont échinés à ramasser les insectes tués par les voitures sur deux kilomètres d’une autoroute fréquentée chaque jour par 10’000 voitures. Ils en ont collecté 117’000, en majorité des pollinisateurs. Cela sans compter les insectes collés aux pare-brise. Extrapolant les résultats, James Baxter-Gilbert estime que dix milliards de lépidoptères, 25 milliards d’hyménoptères et 60 à 190 milliards de diptères périssent chaque année sur les routes du Canada et des Etats-Unis.

AuP

Mise à jour le Mercredi, 26 Octobre 2016 15:14
 

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