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top news photography Jean-Pierre Denis, directeur du journal "La Vie"

L’Eglise va mal. Raison de plus pour que les chrétiens osent dire en quoi ils croient, affirme le journaliste français Jean-Pierre Denis, directeur de La Vie, dans son dernier livre, Un catholique s’est échappé. Sur la coque de son téléphone portable, on lit Jesus loves you. Associer ce message à Jean-Pierre Denis, qui a tout de l’intellectuel parisien avec sa barbe courte et ses lunettes rondes, a quelque chose de comique. «C’est une coque qui m’a été offerte, se justifie-t-il. L’autre jour, dans le métro, ça m’a donné l’occasion de parler avec une jeune femme noire chanteuse de gospel. C’est une porte ouverte à la conversation», affirme le rédacteur en chef de l’hebdomadaire catholique La Vie. Tout à fait dans la ligne de son dernier livre, Un catholique s’est échappé*, dans lequel il plaide pour un christianisme sans rouge au front. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 03 Janvier 2018 00:00

 

Israël

Un Vaudois écrit sur les visages pour combattre la haine

 

 

 

Paix, espoir ou liberté: un photographe vaudois écrit ces mots sur le front de Juifs et d’Arabes, de soldats et de touristes rencontrés en Israël. Une méthode audacieuse pour lutter contre les préjugés et les étiquettes. Jusqu’à squatter le mur qui coupe Bethléem en deux.

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Un homme se penche vers un autre qui le regarde, assis sagement. Avec application, il trace au marqueur noir sur son front les lettres ara­bes formant le mot «liberté». Le premier s’appelle Hamza, il est palestinien. Le second se prénomme David. Il arbore une barbe généreuse, des pa­pillotes et une lourde kippa en laine. C’est un colon israélien travaillant sur la même ferme qu’Hamza.

C’est en partie pour vivre de tels instants d’improbable partage, où les rôles qu’on endosse en ce monde et les étiquettes qui vont avec tombent un peu pour faire place à plus de fraternité humaine, que Petar Mitrovic a lancé en 2011 le projet One word for the world (un mot pour le mon­de). Le photographe vaudois de 37 ans vient de boucler le volet israélo-palestinien de ce projet photographique au long cours dont l’ambition affichée est de lutter contre les discriminations. Il s’est rendu pour cela une semaine à Jérusalem et à Bethléem.
«Au lieu de coller des étiquettes caricaturales sur le front des gens, j’ai voulu y inscrire des mots parlant d’eux et les photographier ainsi», explique le résidant de Montricher, dans le canton de Vaud. Cette idée toute simple mais forte est le fruit de sa propre intégration en Suisse, une aventure de 25 ans qui n’a pas toujours été facile.
«Avoir du mal à trouver un emploi ou un appartement à cause de son nom, se voir proposer une assurance auto plus chère qu’un autre sous prétexte qu’on appartient à un groupe à risque: j’ai connu tout ça. A l’école de Sainte-Croix, dans le Jura vaudois, j’ai même été enfermé dans un container poubelle. C’était l’habituel bizutage des élèves étrangers à l’époque! Tout ça m’a poussé à lutter contre les préjugés et les étiquettes qui enferment et à traquer avec mon appareil photo des gueules fortes et des mots forts», raconte Petar. Il est arrivé en Suisse en 1991 avec sa famille pour fuir la guerre en ex-Yougoslavie. Il y avait perdu notamment une grand-mère, un oncle et une cousine.

Marie-Ange Brélaz topless

Son projet s’attarde sur des anonymes, parfois sur des personnalités. La photo de l’acteur Carlos Leal, né à Fribourg de parents espagnols, et son front barré du mot «immigré» en lettres capitales avaient fait beaucoup parler à l’époque. Tout comme la photo de Marie-Ange Brélaz en 2016, se présentant topless devant la statue du major Davel, le haut de sa poitrine nue barrée du mot «courage».  Adepte des réseaux sociaux, Petar Mitrovic y gagne une petite notoriété qu’il met à profit pour diffuser son message d’ouverture en évitant le piège de la grosse tête. Il a ainsi pu récolter environ 1500 francs auprès de ses amis et admirateurs pour financer son escapade israélienne. Laquelle a eu lieu durant ses vacances, car le photographe ne vit pas (encore) de son art appris en autodidacte, notamment via les tutoriaux sur internet. Pour faire vivre sa famille, il jongle entre deux activités professionnelles: dès 3 heures du matin, il livre des journaux, puis il enchaîne à la caisse de chômage de Renens, où il officie comme chef adjoint.
C’est d’ailleurs avec l’assistance d’un collègue qu’il s’est «attaqué» au con­flit israélo-palestinien. Son épouse, marocaine et musulmane, avait un avis plutôt tranché sur la question et Petar Mitrovic, qui est de confession catholique, a voulu voir par lui-même. Israël est un pays qui l’intriguait, cela d’autant plus que son arrière-grand-père avait survécu pendant quatre ans à l’enfer d’Auschwitz et qu’il lui répétait souvent: «Tu respecteras toujours le peuple juif, car c’est grâce à certains de ses membres que je suis en vie!».   

Peur des représailles

Sur place comme partout ailleurs semble-t-il, le talent de Petar Mitrovic allié à son côté nounours bienveillant et à sa franchise désarmante séduisent d’emblée. Du moins les Israéliens qu’il rencontre via une personne contactée avant son voyage.
En un après-midi, Petar Mitrovic a pu en immortaliser une dizaine avec un mot en arabe sur le front. Même un jeune soldat de Tsahal croisé non loin d’un checkpoint joue le jeu! «Du coup, j’ai dit à mon ami: ‘Demain, on photographie dix Palestiniens et il nous reste cinq jours pour visiter le pays!’», s’amuse avec le recul le photographe.
2018-01-11ASauf que convaincre les Palestiniens prendra de longues journées. Au final, il n’en trouvera que quatre. «Mon contact, un ancien garde du corps de Mahmoud Abbas, a d’abord tenté de me dissuader. Il avait peur que je profite des siens comme le font certains touristes. Et puis, beaucoup de personnes abordées craignent des représailles, notamment de la part du Hamas. Mais leur soif de paix est bien présente.» Aucun Palestinien n’acceptera que les mots choisis soient écrits sur son front en hébreu. Un compromis est trouvé: ils seront écrits en anglais. L’essentiel est préservé: même atténué, le message de paix demeure.
Une fois les photos prises, il faut encore les imprimer. Là aussi, Petar Mitrovic est confronté à un problème: l’imprimeur palestinien qu’il a choisi refuse de se charger de la photo du soldat israélien, toujours par peur des représailles. «Il m’a imprimé les autres et j’ai dû dégoter dans le stress un collègue à Jérusalem, se souvient-il. C’était la veille de mon départ et je devais encore placarder mes clichés sur le mur de séparation! Mais j’aime ces imprévus et la pression qui va avec.»
Le Vaudois choisit de coller ses portraits face au très médiatisé Walled Off Hotel, qui a été ouvert par le célèbre et mystérieux artiste Banksy. Cet établissement se targue d’offrir «la pire vue au monde». Et pour cause: il est situé à quatre mètres seulement du mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie occupée! «Ce mur m’écœure, car il sépare l’homme de l’homme», lâche Petar Mitrovic.
L’endroit est idéal cependant pour offrir un maximum de visibilité à ses photos et à son message. Le tenancier d’un magasin de bombes de peinture prête une échelle pour que le photographe et son comparse puissent placer à bonne hauteur sur le mur le fruit de leur labeur. «Il fallait aussi éviter de recouvrir les messages laissés par d’autres avant nous», précise le Vaudois. Un gros couac va marquer cette opération d’affichage, comme si le côté idéaliste du projet et la violence du terrain devaient fatalement se croiser. «Deux militaires israéliens masqués, qui devaient observer notre manège depuis un moment, ont déboulé, le doigt sur la gâchette. Ils nous ont apostrophés violemment en hébreu. C’était chaud, mais quand ils ont compris qu’on était suisses, ils ont changé de cible et passé leur colère sur le marchand de peinture palestinien qui nous avait aidés!»

Bientôt la Birmanie

Dans le cadre du volet israélien de son projet, Petar Mitrovic a aussi photographié un iman et deux anciens soldats rencontrés à Genève. L’un est israélien, l’autre palestinien, et tout les opposait auparavant. Aujourd’hui, ils se battent pour la paix au sein de l’association Combatants for peace. Le photographe a dressé une liste de 90 pays où poursuivre sa mission. «Le prochain voyage sera en Birmanie début 2018. Je compte m’intéresser à la minorité rohingya», explique-t-il l’œil brillant.
A ceux qui taxent son projet de naïf, l’artiste répond sans colère: «Tant qu’on ne reconnaît pas que, à la base, on est tous des êtres humains, je pense que mon projet aura une utilité!».

Laurent Grabet

Mise à jour le Mercredi, 03 Janvier 2018 15:22
 

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