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Articles 2019 - Edito
Mercredi, 13 Février 2019 00:00
 

Edito: L'exemple ou le bâton

patrice2La coïncidence est imprévue mais révélatrice. Le vote des Genevois en faveur de la laïcité (qui prévoit l’interdiction du voile dans les parlements communaux) suit de peu la parution du livre de Shafique Keshavjee, L’islam conquérant. Un livre abondamment évoqué à la radio et dans les médias romands* ainsi que dans l’Echo Magazine de ce jour.

Vaudois d’origine indienne et pasteur protestant, l’auteur est une figure en vue du dialogue entre les religions. L’entendre dire que la violence est inscrite dans les gènes de l’islam est inattendu. Kheshavjee s’est penché longuement sur les textes fondateurs de l’islam – le Coran, la biographie de Mohammed et les recueils de paroles qui lui sont attribuées – et il a été horrifié par certains comportements de ce chef de guerre et par ses propos. Du genre: «L’enfer est peuplé en majorité de femmes».
Cet étonnement étonne venant d’un spécialiste des religions. Il sait bien que l’islam a conquis d’immenses territoires par les armes et que ses succès foudroyants ont convaincu les Arabes que Dieu leur avait réservé un destin à part. Les conduisant à penser que les non-musulmans étaient méprisables et que les peuples conquis devaient se convertir ou disparaître. Tôt ou tard.


Le dialogue exige qu’on mette sur la table les «zones d’ombre».


 Ces faits sont connus et perdurent dans certains pays. Donc rien de nouveau. Pourquoi, alors, parler maintenant d’un islam conquérant? «Parce que la Suisse doit s’en méfier», répond Shafique Keshavjee. A ses yeux, l’Etat ne peut reconnaître que les musulmans qu’il appelle libéraux et qui prennent leurs distances avec ces textes problématiques.
On peut être d’accord avec lui. Mais son livre pose une question plus fondamentale: peut-on faire évoluer une religion en insistant sur ses défauts? Pour Keshavjee, le dialogue exige qu’on mette sur la table les «zones d’ombre», les siennes et celles de l’autre. Et il est vrai que l’islam peine à se réformer, pour de multiples raisons. Mais la critique des origines va-t-elle favoriser l’évolution souhaitée? Elle peut aussi provoquer un effet hérisson: celui qui se sent attaqué se ferme.
Le pape François, qui vient de se rendre à Abu Dhabi après être allé au Caire, multiplie les rencontres et les gestes d’amitié en évitant toute critique théologique. Aura-t-il plus de succès ? Difficile à dire. Mais je constate souvent que l’exemple donné et le regard positif porté sur l’autre ont plus d’effets que les critiques.
Car l’homme grandit plus volontiers par envie qu’à coups de crosse.

Mise à jour le Lundi, 25 Mars 2019 08:55