S’intégrer sans s’oublier Spécial

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  • Fédérer la diaspora ne signifie pas la couper de la société d’accueil. Fédérer la diaspora ne signifie pas la couper de la société d’accueil.

    Expatriés ou secundos, ils aiment se retrouver au sein d’associations qui les rassemblent autour de leur héritage culturel. Sans chercher pour autant à se couper de la société suisse. Exemples à Fribourg avec le Village africain et le Club athlétique portugais.

    Autour d’une table d’une petite pièce du Sarine Center à Villars-sur-Glâne, les membres du comité du Village africain de Fribourg tiennent leur réunion mensuelle en effectif réduit. C’est l’occasion de revenir sur le neuvième apéro des villageois organisé en novembre dernier lors duquel Sandra Ramos, coach en santé holistique d’origine capverdienne, ouvrait les portes de son cabinet. A l’instar de ces rencontres casse-croûtes qui ont pour objectif de présenter des acteurs de la communauté afro-descendante pour accroître leur visibilité et favoriser la cohésion de ses membres, toutes les activités du Village africain de Fribourg s’inscrivent dans un même dessein: «Fédérer la diaspora africaine pour une Afrique unie et forte». Une Afrique ou une diaspora africaine?

    Des Suisses moins légitimes?

    Pour la présidente, d’origine congolaise, Cindy Ottiger-Mankaka, il n’est pas possible de refouler l’une ou l’autre part de son identité: «Je me sens tout aussi congolaise que fribourgeoise, défend la médecin généraliste. Plusieurs personnes se trouvent confrontées à des barrières invisibles qui semblent suggérer qu’elles ne peuvent pas réussir à cause de leurs origines ethniques ou d’autres aspects de leur identité». Certains membres de la diaspora en viendraient ainsi à ne pas s’accorder la même légitimité que les Suisses de souche, poursuit-t-elle.

    «Je me sens tout aussi congolaise que fribourgeoise.»

    C’est bien le regard de l’autre qui est premier dans ce geste d’auto-dénigrement, selon les indications des sociologues. Ce processus d’assignation externe par lequel un membre de la diaspora n’est pas reconnu dans sa citoyenneté par la société d’accueil peut être intériorisé par celui-ci, qui se perçoit alors comme n’étant pas suffisamment intégré. Cela serait particulièrement vrai en Suisse, où l’injonction d’intégration serait spécialement importante.

    Serait-ce ce sentiment d’illégitimité qui explique l’absence prononcée des Afro-descendants lors des votations, que pointe du doigt Cindy Ottiger-Mankaka? Cela semble en tout cas s’apparenter à une raison évoquée dans une étude récente menée par l’Université de Neuchâtel sur la faible participation politique des communautés ibériques.

    Cette dernière fait état d’un «faible sentiment d’appartenance» qui résulterait entre autres «de la marginalisation socio-économique et d’un classisme teinté de racisme» que subiraient les ressortissants portugais et espagnols. L’absence de relais associatifs contribuerait également à cette participation limitée. D’autres travaux sociologiques constatent que les réseaux communautaires agissent parfois comme des sas d’intégration en établissant un lien avec les institutions locales.

    Pour sa part, le Village africain avait organisé il y a trois ans un débat impliquant six candidats aux élections communales de Fribourg. Ces derniers avaient débattu plusieurs heures devant des membres de la diaspora africaine. Le genre d’événement que la présidente espère pouvoir reproduire par le biais du club politique du Village africain.

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    Portugais mais cosmopolite

    A quelques centaines de mètres du Sarine Center, le Club athlétique portugais de Fribourg (CAPF) s’entraîne régulièrement dans la forêt de Moncor. Fondée en 1985 dans le but de «faire quelque chose pour les immigrés portugais», l’équipe a grandi progressivement grâce au bouche-à-oreille et à l’intervention de quelques personnes influentes du monde de l’athlétisme fribourgeois. Aujourd’hui, le club compte 67 coureurs et la plus-value de sa dimension communautaire semble toujours aussi appréciée de ses membres: «On aime notre pays et on y retrouve un peu nos racines», confient Nuno et Anabela, coureurs d’origine portugaise. Pourtant, le club est bien moins exclusif que son nom l’indique. Seule la moitié de l’effectif est d’ascendance portugaise. En outre sont représentées la Suisse romande, la Suisse alémanique, la France, l’Italie et l’Erythrée. Le président, Adrian Aebischer, est originaire de la Singine, un district fribourgeois germanophone. Ce qui ne remet pas en cause sa présence au sein du CAPF, à en croire Nuno pour qui «la force du club est de s’ouvrir à tous sans exception». Dès lors, que reste-t-il du Portugal dans ce grand melting-pot? «Le côté festif à la fin des courses et des entraînements ainsi que les moments de convivialité», répond le coureur.

    Le club n’aurait reçu aucune critique pour son caractère communautaire jusqu’à présent; au contraire, il serait même très apprécié de tous dans le milieu. La preuve en est que son effectif a grandi de plus de 60% en 2023, selon le comité.

    Dans le canton de Genève, l’ancien espoir d’Etoile Carouge d’origine portugaise Rui Da Graça a, lui, toujours refusé de faire partie d’un club communautaire lorsqu’il évoluait en 2e ligue bien qu’il ait été sollicité à plusieurs reprises. «Dans ces milieux, il y a le risque de se replier sur soi», confie le footballeur. Il relève plusieurs problèmes dont la relation avec les arbitres: «Les joueurs râlent beaucoup et parfois soupçonnent les arbitres de racisme. Il y a comme un effet de meute qui les dispose à une certaine insolence». Toutefois, d’après lui, cette attitude n’est pas liée à une culture, mais au fait d’être entre soi. «Cela dit, j’aime ma communauté et les valeurs qu’elle porte», souligne-t-il. Pour Rui Da Graça, l’idée d’un club plus ouvert et inclusif comme le CAPF est séduisante, car ce dernier reflète l’évolution de la société, qui se mélange de plus en plus. 

    Raphaël Kadishi

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