Et la lumière fuit Spécial

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  • Sait-on combien de fois par jour on allume des lampes? Trop machinal pour qu’on le remarque, ce geste n’en est plus vraiment un: nous effleurons à peine des interrupteurs et aussitôt la lumière se fait. Et les plaques de la cuisinière chauffent. Et la température du salon augmente. Nous pouvons même provoquer cela à distance grâce à des Smartphones capables de centraliser l’ensemble des commandes.

    Des commandes, oui: nous passons des ordres, parfois vocalement, et nos désirs sont instantanément satisfaits. L’immédiateté et la facilité ont effacé de notre esprit le lien entre la cause et l’effet, entre l’action de l’homme et la lumière ou la chaleur. Un lien que les générations précédentes avaient davantage en tête. S’il ne songeait certes pas au travail contestable du marin harponnant une baleine, celui qui allumait sa lampe connaissait le souci évangélique d’avoir de l’huile en suffisance. Celui qui allumait le feu dans le poêle connaissait l’effort des coups de hache nécessaires pour réchauffer la soupe. Et celui qui allumait une bougie pour lire le soir en connaissait la fragilité: elle ne durait que le temps de se consumer.

    Nous ne connaissons plus rien de la chaleur et de la lumière.

    Bien sûr, il ne s’agit pas de retourner aux siècles passés ou aux années 1930 – «Voulez-vous vraiment vivre comme nous avons dû vivre?», s’était un jour presque exclamée feu ma grand-maman face aux propositions de certains écologistes. Mais, en ces temps où la vie était plus difficile, on posait de vrais gestes, presque oubliés aujourd’hui. Tout se trouvait ainsi marqué de sens et de reconnaissance. Parce que nous ne stockons plus d’huile ni ne coupons plus de bois et parce que nous ne soufflons plus de bougies que sur des gâteaux d’anniversaire, nous ne connaissons plus rien de la chaleur et de la lumière.

    Enfin, si. A présent que l’Ukraine hâte une crise prévisible – qu’avons-nous fait pour réaliser la transition énergétique approuvée par plus de 58% des votants en 2017? –, nous nous rappelons qu’elles ont un prix. C’est triste. Tâchons de reprendre conscience de leur valeur. Nous en userons alors sans en abuser. Et assurerons notre confort avec la sagesse du temps où la main poussait le volet sur l’air frais du petit jour rappelant à l’homme qu’il y a une nature autour de son foyer. 

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