Pleins feux sur le solaire Spécial

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  • Si la demande est élevée, le personnel qualifié, lui, commence à manquer. Si la demande est élevée, le personnel qualifié, lui, commence à manquer.

    Le photovoltaïque ne représente que 6% de la consommation électrique suisse. Mais l’inquiétude liée à la guerre en Ukraine et l’intérêt économique des installations solaires ont démultiplié le nombre de projets. Le travail est abondant, la main d’œuvre l’est moins.

    Toutes les entreprises romandes spécialisées dans l’installation de panneaux solaires photovoltaïques évoquent la même surprise: il y a dix ans, le public et les entreprises trouvaient le recours au solaire «trop cher», mais, depuis 2022 et le début de la guerre en Ukraine, chacun veut son installation photovoltaïque. «Y compris des gens qui construisent une villa dans un environnement peu favorable au solaire», raconte Olivier Schaller, fondateur en 2008 et directeur d’Eco6Therm, une entreprise spécialisée basée à Rebeuvelier (JU).

    Dans le Jura, le prix de rachat de l’électricité solaire a fait un bond l’an passé. Face à la hausse des coûts de l’énergie en Suisse, le fournisseur BKW a proposé durant l’hiver un prix de 41 centimes par kilowattheure (kWh), alors que celui-ci s’établissait auparavant à 5 centimes. Dès ce moment, «il y a eu de l’argent écologique à gagner», résume l’entrepreneur. Nombre de projets en attente ont démarré et les quatre équipes d’installateurs sont au four et au moulin. Eco6Therm a dû engager huit personnes supplémentaires. Il faut désormais compter jusqu’à une année de délai pour une nouvelle installation, malgré une hausse des prix d’environ 15% par rapport à la situation pré-Covid.

    «Il y a de l’argent écologique à gagner.»

    Les toits s’arrachent

    «Nous avons doublé nos effectifs par rapport à 2021», explique pour sa part Yvan Laterza, patron de I-Watt, petite entreprise basée à Martigny (VS) qui se débat avec des problèmes d’approvisionnement. A Fribourg, OptimaSolar bénéficie aussi de l’augmentation du prix de rachat de l’électricité, qui est passé de 9 à 14 centimes le kWh. «Nous réaliserons deux ou trois nouveaux projets grâce à cette hausse», explique Laurent Thévoz, secrétaire de cette coopérative. Les six membres suisses de cette fédération détiennent ensemble 60 installations de solaire photovoltaïque.

    Parmi les derniers projets d’OptimaSolar Fribourg, des panneaux installés sur une halle de campagne dotée d’un toit de 500 mètres carrés. C’est une association de communes qui a mis cette surface à sa disposition. Elle reçoit en échange des parts en tant que coopérateur et une rémunération de 2%. «On s’arrache les toits disponibles», commente Laurent Thévoz. Dans certains cas, des personnes installées dans des habitations situées dans des zones historiques – où la pose de panneaux photovoltaïques est interdite – adhèrent à OptimaSolar pour participer à la transition énergétique. Dans un projet récent de cette coopérative, les élèves d’un cycle d’orientation ont même participé à l’installation de panneaux solaires sur leur propre établissement.

    Le marché se développe aussi chez des propriétaires d’immeubles qui décident d’équiper les toits de panneaux solaires pour revendre le courant aux locataires, indique Marc Muller, ingénieur et patron d’une entreprise spécialisée dans la rénovation énergétique à Yverdon.

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    Projets et oppositions

    Ce mouvement a pris de l’ampleur à l’automne 2022 après l’adoption par les Chambres fédérales d’une loi d’urgence facilitant la construction de grandes installations solaires alpines. Les centrales dont la production annuelle dépasse les 10 gigawattheures peuvent désormais compter sur des procédures de planification simplifiées et bénéficier d’une aide de la Confédération. La construction de nouveaux bâtiments d’une surface supérieure à 300 mètres carrés s’accompagne obligatoirement de la mise en place d’une installation solaire sur les toits ou les façades. Ces installations ne sont plus soumises à la loi sur l’aménagement du territoire et leur réalisation primera en principe d’autres intérêts nationaux, régionaux et locaux, dit la loi d’urgence votée avec l’appui des Verts.

    Le mégaprojet de Grengiols, dans le parc naturel de la vallée de Binn (VS), est un enfant de ce texte: ses alpages accueilleront peut-être des panneaux solaires bifaces sur une surface équivalant à 700 terrains de football. Soutenu par la commune, ce site couvrirait les besoins en électricité de 100’000 habitants au moins. Mais l’opposition est vive en Valais. «On ne peut pas développer le photovoltaïque au détriment des paysages et de la biodiversité», a critiqué la Verte valaisanne Céline Dessimoz. «On nous dit qu’il faut sortir du nucléaire et quand on peut le faire on s’y oppose, répond le conseiller national PLR Jacques Bourgeois. En altitude, le rendement des panneaux solaires est doublé.»

    «Si on veut atteindre les objectifs de la Confédération en matière de production d’énergie solaire, il faudra obligatoirement installer des panneaux sur des grandes surfaces, des barrages par exemple», commente le Jurassien Olivier Schaller. «Plus c’est grand, moins c’est cher», résume l’ingénieur valaisan Arnaud Zufferey qui s’oppose cependant aux centrales alpines. Cet ingénieur indique que le prix de revient d’un kWh produit sur un grand toit oscille entre trois et cinq centimes. C’est le triple pour une villa.

    La production d’énergie solaire en Suisse s’élève actuellement à environ trois térawattheures (TWh). Cela représente quelque 6% de l’électricité consommée en Suisse. En 2021, les nouvelles installations photovoltaïques représentaient 700 mégawatts (MW). En 2022, cette puissance a probablement atteint un record de 1000 MW, estime Jean-Louis Scartezzini, qui dirige le Laboratoire d’énergie solaire et physique du bâtiment de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Si cette tendance se maintient, l’objectif fixé par la Confédération d’une production photovoltaïque de 34 TWh en 2050 pourra être atteint, estime-t-il. Mais il faudra de la main d’œuvre: «La branche des installateurs compte environ 9000 personnes. Il en faudrait au moins le triple», calcule Marc Muller. 

    Stéphane Herzog

     

     

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